Festival Sur les pointes : les copains d’abord

Publiée le 05 mai 2017 - Mise à jour le 05 mai 2017

4-16-10-21-Sauvez les Pointes-SL 1 Sous le chapiteau lors de la soirée Sauvez les pointes en octobre dernier.© Sylvain Lefeuvre

Culture

Avec une bande d’amis, Aurélien Rozo et Élise Oréal-Marmignon, les deux salariés de l’Assoce Kipik, portent, depuis neuf ans, le festival Sur les pointes. Ils racontent avec humour et bonheur la naissance et la croissance de leurs projets.

Un documentaire leur est déjà consacré, Sous les pointes, de Michael Constant, qui raconte la vie de l'équipe du festival et de ses bénévoles avant et pendant l'édition de 2016. Ils pourraient aussi faire l'objet d'un roman façon Les Copains de Jules Romains, car tous les ingrédients y sont : l'amitié et la ville comme ciment de leur entente.

C'est au collège Danielle-Casanova, puis aux lycées Romain-Rolland et Jean-Macé que les amis se rencontrent autour des ateliers théâtre. En 2003, Élise, Aurélien, Thomas et Mélanie créent l'Assoce Kipik. Deux ans plus tard, l'association réalise ses premiers spectacles, des pièces faites pour et parfois avec les enfants, qui manifestent déjà leur engagement auprès des jeunes. Aurélien et Élise travaillent parallèlement comme aide éducateur dans les écoles.

“On a éduqué toute une génération de petits Vitriots qui maintenant viennent comme bénévole au festival”, s'amusent-ils. En 2006, la joyeuse équipée organise sa première soirée festivalière à Gare au théâtre, Mon côté vitriot, et fait salle comble. “On voulait, pour la ville, un festival comme ceux qu'on allait voir ailleurs. Alors on s'est dit, allez hop ! on se lance”, explique Élise.

Et c'est dans cet état d'esprit un peu insouciant, un peu inconscient que les amis montent en 2009 la première édition du festival Sur les pointes. Sur le grand mail du parc départemental des Lilas, un chapiteau accueille des groupes éclectiques et des chanteurs comme Allain Leprest, dont la chanson Sur les pointes donne son nom au festival.

Un projet associatif

Les tarifs d'entrée sont très bas. Financièrement, “c'est le bouillon”, rappelle Élise. L'équipe refuse de se décourager et tire les enseignements de ses erreurs “et puis, souligne Élise, on n'avait pas le choix, il fallait qu'on rembourse”.

La ville, qui déjà les subventionne, suit avec attention les premiers pas de ces jeunes Vitriots dans la cour des grands… Parallèlement à sa première édition, l'Assoce prend ses quartiers à Vitry, dans un espace qui lui sert d'atelier et devient, à partir des travaux de 2011, un lieu de vie, de rencontre et une salle de concert.

“Au début, le festival était principalement fréquenté par des non Vitriots. On avait mis un tarif très bas pour que l'aspect financier ne soit pas un frein, mais la conquête des Vitriots a été plus difficile. Ce local nous y a aidé.”

La notoriété du festival et la vitalité de son équipe sont bientôt reconnues à la Fête de l'Humanité où, depuis 2011, ils y organisent une scène avec l'association pas-de-calaisienne Droit de cité. Pour les groupes comme les Zoufris Maracas, c'est la possibilité de se produire sur plusieurs scènes et de se lancer. Le festival draine aujourd'hui l'énergie de quelque 120 bénévoles.

“Je suis venu m'installer à Vitry en juillet pour la dynamique festive de la ville et principalement celle portée par le festival. Je souhaitais pouvoir vivre une vie culturelle locale sans avoir à aller sur Paris”, explique Sylvain, un bénévole et ami.

Ils ont entre 17 et 76 ans, et chacun y apporte sa bonne humeur. Cet “esprit colo”, c'est aussi la marque de Sur les pointes : un projet associatif plein de bonne volonté, tourné vers les autres.

Avant chaque festival, les samedis sont consacrés à des ateliers de recyclage pour la création des loges et des décors : il faut poncer, peindre, assembler et apporter sa créativité.

“Je prenais des photos sur le festival, explique Charles, et, depuis quatre ans, je donne un coup de main. Les gens qui viennent sont heureux d'être là. Et puis, ça permet de rester jeune”, poursuit ce quinquagénaire.

Les éditions se succèdent et les groupes aiment y revenir, comme les Fils de Teuhpu. En 2012, ils y fêtent leurs 17 ans de scène, l'occasion d'une “teuhpuberté” avec gâteau d'anniversaire. La fanfare qui trouve avec Sur les pointes un état d'esprit qui lui correspond reviendra quatre ans plus tard.

“C'est un festival dans un lieu incroyable pour une ville aussi proche de Paris. Il est démocratique et organisé par des bénévoles. Il propose un vrai éclectisme musical. Je défends ce genre de festival ouvert sur le monde”, explique François, trombone basse et chanteur de la formation.

Festif et convivial, façon fête du village

Malgré cette bonne énergie et le soutien continu des amis, artistes, bénévoles, malgré une notoriété croissante, le festival frise néanmoins la catastrophe en 2016.

“La météo était désastreuse”, se souvient Élise. Les pertes financières sont importantes. L'équipe organise alors un festival de trois jours en octobre, Sauve qui pointe. “Mais la semaine du festival de sauvetage… on apprend qu'on doit quitter notre local”, raconte Élise. Les copains poursuivent néanmoins leur lutte économique, font un bref appel au crowdfunding et réorganisent une manifestation en mars. Aujourd'hui, hébergés par le collectif d'artistes 6bis, “nous travaillons avec la mairie pour trouver une solution”, explique Élise.

En attendant, la fine équipe n'a pas baissé les bras et l'édition 2017 du festival rappelle ses racines : “de grandes gueules engagées. Et cette année encore plus, affirme Aurélien, avec les Goulamas'k, les Wampas, le projet Motivé, qui symbolise le retour de Zebda, ou encore avec Mohamed Allaoua”.

Cette 9e édition se tiendra du 12 au 14 mai au parc départemental des Lilaspour la dernière année. En effet, si cette implantation convient bien à l'accueil du public, elle est remise en cause par les nuisances aux riverains. La ville et l'association réfléchissent donc à un nouveau lieu.

“On reste un festival festif, intimiste, convivial, façon fête du village”, conclut Élise.

Sylvaine Jeminet

 

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