Tiers-lieux : l'intelligence est collective

Publiée le 27 décembre 2017 - Mise à jour le 12 janvier 2018

Repas interculturel briqueterieRepas interculturel à la Briqueterie, entre deux séances de répétitions, trois résidences, quatre murs et un jardin.© Nicolas Wietrich

Pôle numérique à la bibliothèque municipale, jardins partagés chez Planète lilas, concerts à la librairie le Tome 47… À Vitry, une quinzaine de structures se distinguent par leur capacité à cumuler différentes fonctions, activités et compétences. On les appelle des tiers-lieux.

Tiers-lieu : espace hybride, polyvalent et incorrigiblement tendance qui génère de riches dynamiques culturelles, sociologiques et territoriales. Le secret derrière tout ça ? Pas de mystère : l'humain, toujours l'humain...

Histoire du tiers-lieu

La notion de tiers-lieu ne vient pas de nulle part. Elle résulte d'une suite d'appréciations historiques du vivre-ensemble qui ont laissé une empreinte durable sur la société. C'est en 1989 que le sociologue américain Ray Oldenburg théorise le concept pour la première fois : à l'abri des obligations professionnelles ou des considérations familiales, le tiers-lieu est un espace intermédiaire convivial favorisant les interactions sociales, l'éveil culturel et la créativité artistique. Récupérée par le monde de l'entreprise, la notion de tiers-lieu a quelque peu évolué depuis le milieu des années 2000 et, notamment, l'arrivée du web 2.0.

S'appuyant sur le capital énorme que représentaient toutes ces nouvelles interactions virtuelles, le tiers-lieu s'est peu à peu muté en FabLabs, espaces de coworking et autres entreprises ouvertes. S'il a gagné en visibilité, le mot s'est en partie vidé de son sens premier : proposer un espace convivial, polyvalent et stimulant en dehors des sphères familiales et professionnelles. Le tiers-lieu est et doit rester une opportunité de retrouvailles avec son individualité. Un lieu où tout le monde peut cultiver son propre jardin.

Depuis quelques années, cette définition est remise à l'ordre du jour par la société civile, les associations, les collectifs d'habitant·e·s, mais aussi par les institutions, comme c'est le cas à Vitry-sur-Seine.

Cartographie vitriote du tiers-lieu

Parmi la quinzaine de tiers-lieux présents sur le territoire de Vitry, beaucoup s'attachent à entremêler diverses ressources artistiques et culturelles au sein d'espaces de convivialité, ouverts et accessibles à toutes et à tous.

Ainsi, à Gare au théâtre, on ne perd jamais une occasion de proposer, au détour d'une vente de jouets solidaire, des ateliers d'initiation à l'architecture ou des spectacles de théâtre pour les enfants. Autant d'interactions, fruits d'une intelligence collective, qui enrichissent le lien social, l'éveil culturel et la création artistique à la fois. Autres exemples : les portes ouvertes à la Briqueterie, les soirées conte de la librairie le Tome 47, les Fabriques du Mac Val ou encore les espaces numériques de l'Exploradôme et de la bibliothèque Nelson-Mandela.

Et, puisqu'on parle de numérique, soulignons l'apport essentiel des équipements connectés à la dynamique des tiers-lieux. La bibliothèque municipale n'est plus seulement un endroit où vous venez lire et emprunter des livres, c'est une plateforme éducative d'une grande diversité où vous pouvez désormais vous balader tranquillement entre une expo photo, une pile de bouquins et une multitude d'écrans et d'applications numériques. Une porte grande ouverte sur la culture en quelque sorte.

D'autres tiers-lieux vitriots sont plus difficile à classer. Pourtant, on y retrouve le même désir d'intelligence collective, la même soif de mélanger les fonctions, les occupations et les compétences. Citons, bien-sûr, le centre de quartier du Port-à-l'Anglais et son association éponyme, le Vitry Fada, étrange restaurant brocanteur jazzy, le Pylos, discret squat d'artistes pluridisciplinaires, et Planète lilas, qui slalome entre les activités culturelles, pédagogiques et récréatives sur le thème de l'environnement. Profitons-en pour saluer également le tout jeune Crapo, véritable conglomérat pro-récup' récemment installé au 14, avenue du Salvador Allende !

Postulat du tiers-lieu

Les tiers-lieux semblent résister à toute tentative de description homogène. Mais, au final, pour vous représenter ces structures de la ville qui jurent tant par leur diversité, nul besoin de s'attacher à une étude exhaustive de leurs cadres et de leurs missions. Ils se définissent avant tout par les Vitriot·e·s qui les composent et les affinités qui les rassemblent. Pas de charte du tiers-lieu, donc, ni d'appellation certifiée pour définir ces espaces atypiques, mais la passion du faire-ensemble et du vivre-ensemble sur un territoire donné.

En cela, le tiers-lieu s'élève radicalement à l'encontre d'espaces standardisés, lisses et anonymes, de ces non-lieux qui pullulent traîtreusement à chaque coin de nos vies : rame de métro, open space déshumanisés, rayons de supermarché ou chambre d'hôtel quelconque. Il y a dans tout cela un postulat au fond bien politique : l'être humain n'a rien à faire d'un monde uniforme, attendu et régulier.

Timothée Froelich

 

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