Daniel Purroy, artiste Vitriot perçant et décalé

Publiée le 20 décembre 2019 - Mise à jour le 20 décembre 2019

Invité par la ville à prendre la direction de la galerie municipale Jean-Collet à la suite de Catherine Viollet, Daniel Purroy, “artiste associé” à Vitry, a désormais en tête de “connecter le village et ses données”. © Sylvain Lefeuvre

Culture

Artiste associé à la galerie municipale Jean-Collet, Daniel Purroy enchaîne depuis des années les actions et les fonctions artistiques dans la ville. Portrait d’un Vitriot perçant et décalé.

Aimable gaillard à la voix douce et l’accent espagnol prononcé, Daniel Purroy couve cette fièvre créatrice caractéristique des gens qui voient au-delà du monde tangible qui les entoure, en permanence. Le regard est bleu sombre, électrique, pénétrant, incisif. Il ne cille pas, mais vrille légèrement. Daniel Purroy le laisse dévier, partir de côté. C’est un regard qui cherche et qui fouille, presque fébrile, qui perce au-delà des choses, entre les choses, dans une direction perpendiculaire, dans un mouvement transversal. Un ruisseau qui coule dans les interstices en rongeant ses deux rives. Daniel Purroy est un artiste qui a décidé de matérialiser concrètement ce regard.

Traverser les représentations figées du monde

C’est sans doute de là que vient son penchant pour l’architecture, pour l’art de concevoir et bâtir des espaces. Pour lui qui a commencé par la peinture et qui se définit aujourd’hui avant tout comme plasticien, il ne fait aucun doute que cette école a été fondamentale. Créer des systèmes qui tiennent debout, des mécaniques en équilibre, des structures évidentes qui obéissent aux lois de la physique, il le fait, mais au service d’une logique dont il est le seul souverain. Inspirée par Hegel, Lévi-Strauss, Debord, sa pensée se construit comme un système à la fois unitaire et ouvert sur le monde, moléculaire. La ville de Vitry, ses habitants et ses habitantes, ses transformations diverses, sont pour lui des sources d’inspiration inépuisables : “Ce qui m’intéresse, explique-t-il, c’est de traverser les représentations figées du monde pour aller chercher ce qui se trouve derrière, dans les coulisses”.

Développer une multitude d’actions artistiques

Pour lui, qui vit ici depuis maintenant plus de dix ans, ces coulisses prennent la forme d’espaces urbains hautement symboliques. En 2012, au moment de la démolition de la dernière barre de la cité Balzac, il s’empare de la façade pour en recréer une partie hors-sol avec les habitants et les habitantes. Ce qui était un emblème de la banlieue et de ses tours trouve une nouvelle vie et finit en plein Paris, dans le Marais, pendant la Nuit blanche de 2013. Un tour de force artistique et politique. Depuis quelques années, Daniel Purroy travaille également du côté du foyer Manouchian avec les résidents et résidentes maliens et y développe une multitude d’actions artistiques. Une autre façade, d’autres coulisses, très révélatrices. “C’est quand il y a des moments de transformation qu’un système dévoile ce qu’il est vraiment, analyse-t-il. Mon travail, c’est de chercher ces fissures dans le système, ces moments de décalage, de déplacement, de déchirure, et de les faire apparaître sous un autre jour.”
Daniel Purroy a ainsi écumé la ville de Vitry en quête de ces décalages depuis une dizaine d’années.

De résidence d’artistes en résidence d’artistes, il a “atterri”, comme il le dit lui-même, au 6bis Fabrik, dans le quartier des Ardoines. Avec une bande de potes, métallurgistes, peintres et autres hackers, ils occupent ce lieu aux fonctionnalités multiples : entrepôt, atelier, cuisine, bibliothèque, garage… Encore un système décalé qu’il revendique pleinement : “Il s’agit de faire son propre algorithme, réadapter le monde à quelque chose qui nous correspond mieux”.

Faire vivre les multiplicités artistiques vitriotes

Invité par la ville à prendre la direction de la galerie municipale Jean-Collet à la suite de Catherine Viollet, Daniel Purroy, “artiste associé” à Vitry, a désormais en tête de “connecter le village et ses données”. Créer les passerelles entre les structures culturelles de la ville. En juxtaposer tous les acteurs. Faire vivre les multiplicités artistiques vitriotes en les reliant par des tiges. Prolonger les terminaisons. Créer un système complet, à l’image de Vitry, mais décalé, en invitant à faire un pas de côté… Le Pas de côté, c’est la prochaine exposition à la galerie municipale

Portrait réalisé par Timothée Froelich

 

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2000
Arrivée en France, à Paris.

2007
Installation à Vitry, au 6 bis, rue Léon-Geffroy aux Ardoines.

2012
Début du projet artistique à la cité Balzac ; installation en plein Paris lors de la Nuit blanche d’octobre 2013.

2014
Début des projets artistiques au foyer Manouchian.

2015
Déménagement au 6bis Fabrik, rue de Seine.

2020
Entrée en fonction à la galerie municipale Jean-Collet.