« Pour moi, l’hôtel de ville, ça a une signification. C’est pas un bâtiment, pas simplement des bureaux… C’est une maison pour tous.” C’est ainsi que François Girard, architecte de l’hôtel de ville de Vitry, parlait de son œuvre en 2012 1 . Derrière ses 400 000 briques rouges, 6 600 mètres carrés de zinc et 22 000 mètres carrés de plancher, inaugurés en 1985 à l’angle des avenues Lucien-Français et Youri-Gagarine, se cache une longue histoire.
Un hôtel particulier racheté par la ville
Place Saint-Just, le bâtiment actuel de la Maison de la jeunesse fut longtemps au cœur de la vie municipale. Construit au XVIIe siècle comme hôtel particulier, il est en partie racheté par la commune en 1840, qui y installe sa mairie en 1853. Très vite, l’industrialisation et l’essor démographique rendent les lieux trop exigus. Malgré des travaux de réhabilitation et d’agrandissement, le site atteint ses limites dès le début du XXe siècle. En 1905, la municipalité envisage de déménager dans l’ancien château, situé à l’emplacement de l’actuel collège Danielle-Casanova. Mais, face au refus de la population, le projet est abandonné. Le château est finalement détruit après avoir été inondé lors de la crue de la Seine en 1910. Faute de locaux suffisamment grands, les différents services municipaux se retrouvent éparpillés à travers la ville. En 1920, une extension est construite à l’hôtel de ville, mais ce sera le dernier agrandissement possible – en raison de la création de la RN 305 (aujourd’hui D5).
Place Saint-Just, le bâtiment actuel de la Maison de la jeunesse fut longtemps au cœur de la vie municipale. Construit au XVIIe siècle comme hôtel particulier, il est en partie racheté par la commune en 1840, qui y installe sa mairie en 1853.
Plusieurs projets architecturaux sont proposés entre 1939 et 1954, sans aboutir. En 1958, alors que Vitry développe ses grands ensembles et réhabilite son centre- ville, l’architecte Mario Capra imagine une mairie sous forme de tour – mais le coût trop élevé et la mort de l’architecte en 1971 ont raison du projet. Même destin pour celui conçu par le cabinet Carsaf au début des années soixante-dix, également trop cher. C’est finalement à François Girard, fin 1978, qu’est confiée la conception de l’hôtel de ville tel qu’on le connaît aujourd’hui.
Une architecture géométrique
“On voulait une entrée unique pour que [chacun soit] reçu de la même façon”, précisait François Girard. Quatre structures octogonales encadrent l’entrée principale, qui permet d’informer les usagers et de les diriger vers le service recherché. Chaque octogone est pensé comme une unité fonctionnelle : état civil, culture et sport, ressources humaines… L’octogone se décline partout dans l’architecture : plafonds, lampes, fontaines… Quant à l’escalier du parvis, il intègre d’emblée une rampe pour les personnes à mobilité réduite. La signalétique est elle aussi pensée pour être accessible : un chiffre par niveau, une couleur par octogone – présente tout au long des circulations – et des panneaux à chaque entrée indiquant les services présents à chaque étage.
C’est à François Girard, fin 1978, qu’est confiée la conception de l’hôtel de ville tel qu’on le connaît aujourd’hui.
L’art au cœur de la construction
En lien avec sa politique culturelle et dans le cadre du 1 % artistique, la ville et l’architecte choisissent d’enrichir le bâtiment de huit vitraux de 6,50 mètres de haut sur 2,60 mètres de large, confectionnés par le maître-verrier Jacques Loire d’après des cartons du peintre italien Valerio Adami. Des œuvres pensées “pour créer une lumière qui jaillit dans le lieu symbolique de la cité”, expliquait ce dernier, en 1985, au critique d’art Raoul-Jean Moulin .
La ville et l’architecte choisissent d’enrichir le bâtiment de huit vitraux de 6,50 mètres de haut sur 2,60 mètres de large, confectionnés par le maître-verrier Jacques Loire d’après des cartons du peintre italien Valerio Adami.
L’hôtel de ville, premier bâtiment public de la cité, se devait d’être exemplaire dans la mise en oeuvre du 1 % artistique et de la politique de l’art dans la ville, impulsée sous le mandat de Marcel Rosette, maire de 1965 à 1977 et Jean Collet, adjoint à la culture.
Outre les vitraux, d’autres œuvres ornementent les salles civiques : des mains liées en acier, composées par l’artiste Ernest Pignon-Ernest, dans la salle des mariages ; et une Marianne peinte sur des carrés de 5 centimètres de côté par le plasticien Yvaral, dans la salle du conseil. François Girard, disparu en 2020, ainsi que les artistes, élus, agents et ouvriers qui ont œuvré à l’érection de ce bâtiment, laissent un héritage qui continue de porter le rayonnement de la ville, toujours au service de ses habitantes et de ses habitants.
Clément Aulnette
Outre les vitraux, d’autres œuvres ornementent les salles civiques : des mains liées en acier, composées par l’artiste Ernest Pignon-Ernest, dans la salle des mariages.