Les librairies, lieux de culture

Au cœur du centre-ville, un lecteur affamé trouve matière à se rassasier dans un triangle d’or de librairies qui offrent une proposition littéraire complémentaire et réjouissante.

Publié le 19 janvier 2026 Modifié le 12 février 2026

Temps de lecture estimé : 4 min

Les clés de l’évasion

Un rayon de soleil dissipant les frimas hivernaux tombe sur la vitrine de la librairie généraliste les Mots retrouvés, comme une invitation à en franchir le seuil. Depuis 2018, Isabelle Léger, qui l’a fondée et la dirige, accueille les lecteurs de tous âges, les conseille et les oriente.

“Enfant, j’ai trouvé dans la lecture un refuge en même temps qu’une manière de m’évader. Je n’avais pas de livre et mes parents ne lisaient pas. La bibliothèque est vite devenue mon repaire”, raconte-t-elle.

C’est dans son expérience qu’elle puise son engagement et son activisme pour la lecture.

“Les livres m’ont sauvée, j’adore la littérature, alors quel meilleur moyen que celui de partager cette passion en ouvrant un lieu qui lui est dédié dans une ville qui soutient la culture ?”

À quelque deux cents mètres de là, Grégoire Orshinger, créateur et gérant depuis 2013 de la librairie le Tome 47 spécialisée BD et arts, renchérit :

“Chaque livre est un univers avec une représentation du monde, une sensibilité particulière. Pour le faire ressentir, il faut permettre des rencontres avec des auteurs et autrices, ou à travers d’autres arts comme la musique, les expositions”.

Des librairies indépendantes qui, au-delà de la vente de livres, jouent un rôle crucial dans la démocratisation de la lecture, lieu culturel garant du lien social entre le livre et le public. Parfois en invitant à la rencontre avec des écrivains, comme Joëlle Jolivet aux Mots retouvés ou Manon Debaye au Tome 47, souvent en épaulant les jeunes dans leurs recherches de lectures ou encore en organisant des ateliers.

Échange et partage

De fait, les librairies sont des commerces régis par la loi Lang de 1981 sur le prix unique du livre qui garantit qu’un livre neuf a le même prix partout. Portée par la volonté de soutenir la diversité éditoriale, gage de la liberté de penser, cette loi permet également le maintien d’un réseau de librairies indépendantes, garantes du lien entre le livre, les auteurs et les lecteurs. Ces librairies indépendantes sont des partenaires culturels locaux incontournables.

“Qu’ils soient autour de l’univers d’un livre, pour jouer à un jeu de société, participer à un escape game ou simplement s’adonner à un loisir créatif, tous nos ateliers sont gratuits et affichent complet”, se réjouit Isabelle.

Car ces événements sont conçus, comme des temps de lien, d’échange et de partage. En témoignent les soirées avec des auteurs associées à des concerts ou des expositions au Tome 47.

Et l’engagement des librairies excède leurs murs, en accompagnant des spectacles avec le théâtre Jean-Vilar ou en participant à des propositions culturelles locales.

Le lien social et l’engagement sont des caractéristiques que les Mots retrouvés et le Tome 47 partagent avec la librairie associative Livres en luttes.

Tenue par des bénévoles, cette dernière ne propose que des livres d’occasion. Nicole, aux manettes ce jour-là, affirme : “Sans le livre, on ne peut pas respirer. Un livre, ça doit être partagé”.

Sa collègue Mireille poursuit : “nous faisons circuler les livres pour des gens qui n’ont pas beaucoup de moyens, ou sont éloignés du livre, mais nous avons un public très varié qui comporte aussi des chercheurs”. Le fonds de la librairie s’est constitué avec la transmission de bibliothèques entières, léguées par des universitaires ou des personnalités politiques engagées.

Sous la houlette de son fondateur, Robert Séguéla, Livres en luttes organise également des événements et n’hésite pas à s’appuyer sur la présence des librairies indépendantes pour se lancer dans des projets plus ambitieux qui font écho à l’image de la ville.

Il en est ainsi du Festival du roman noir et social qu’elle lance en 2019 avec le Centre culturel de Vitry et la librairie les Mots retrouvés, entendant “valoriser, explique l’auteur et complice Antoine Blocier, une littérature engagée qui soit accessible à tous”.

Sylvaine Jeminet

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