33 ans d’images et de visages
Publié le 05 février 2026 Modifié le 06 février 2026
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“Et nous voilà à fêter déjà plus de trente ans d’activité ! Trente ans, c’est long, mais c’est passé comme un éclair.” C’est ainsi que Michel Aguilera, animateur de l’atelier photo/vidéo à la Maison de la jeunesse, débutait son discours fin novembre dernier au vernissage de l’Expo 33, événement qui célèbre, jusqu’au 13 février, les 33 ans de l’atelier. En 1992, Michel Aguilera venait de terminer ses études de photographie et cherchait à partager ses connaissances.
“Transmettre, c’est dans mes gènes. C’est comme ça que l’invitation d’un ami pour venir à Vitry, pour donner des cours, m’a paru intéressante.
La MDJ était l’un des QG des rappeurs vitriots, surtout du groupe 113. © Michel Aguilera
Il y avait un labo, le lieu avait du potentiel, mais il manquait le public”, raconte-t-il, en fouillant dans ses souvenirs. À l’époque, la MDJ était l’un des QG des rappeurs vitriots, surtout du groupe 113 : “Ils se réunissaient ici, même pour se couper les cheveux à la tondeuse. Ils étaient friands d’images, ça leur servait pour le style. Donc j’ai commencé avec eux, ils aimaient et ils avaient besoin de cela. Mais ils venaient au labo aussi pour développer les images, donc je pense que cette activité les a structurés un minimum”. Michel Aguilera poursuit son travail avec le 113 et d’autres rappeurs pendant quelques années. En 1995, Bruce Serougne, cadreur et chef opérateur dans le milieu de l’audiovisuel, se joint à lui pour donner des cours de vidéo : l’atelier devient donc officiellement photo et vidéo. À partir de la fin des années quatre- vingt-dix/début deux mille, beaucoup de jeunes commencent à pousser la porte de l’atelier qui développe de multiples projets, entre expositions et voyages en France et à l’étranger.
Dès 2010, l’atelier propose même des expositions régulières des œuvres de ses membres. La biennale de l’atelier, dont la dernière a eu lieu en 2024 à la galerie municipale, devenant un temps fort au fil du temps. “Aujourd’hui, la photo est un peu dans le creux de la vague, la vidéo intéresse beaucoup plus les jeunes”, confie Michel Aguilera, alors que Bruce Serougne dévoile le fil rouge de l’atelier :
“Avec Michel, il y a trente ans, on s’est dit qu’il fallait donner du sens à l’image. Encore plus à notre époque où photos et vidéos sont accaparées par certains, on se dit que c’est important de véhiculer des idées humanistes via ces deux médias, ce qui est aussi l’engagement municipal”.
La biennale de l’atelier, dont la dernière a eu lieu en 2024 à la galerie municipale, est devenue un temps fort au fil du temps. © DR
Les voyages forment la jeunesse
Le premier des grands voyages de l’atelier se tient en 2005 au Japon. “C’était le 60e anniversaire d’Hiroshima et Nagasaki, retrace Michel Aguilera. Le maire de l’époque, Alain Audoubert, était l’un des membres fondateurs du réseau Mayors for Peace, avec ceux d’Hiroshima et Nagasaki. Il nous a demandé de l’accompagner dans ce voyage, au Japon, pour réaliser des reportages photos et vidéos. On est partis avec treize jeunes.” Coco De RinneZ, qui vient de participer, au MAC VAL, à l’exposition Forever Young avec ses séries d’autoportraits, en faisait partie, ainsi que Marina Friscira, aujourd’hui professeure d’arts appliqués dans un lycée parisien. Celle-ci raconte :
“J’avais 19 ans, je fréquentais l’atelier depuis quatre ans, car je voulais devenir photographe. C’était la première fois de ma vie que je faisais un voyage si loin dans une culture si différente de la nôtre. Ce voyage, comme ceux qui ont suivi en Palestine, mais également dans des régions de France que je ne connaissais pas, m’ont marquée et m’ont aidée à trouver ma route, qui finalement n’était pas dans la photo, mais dans une autre branche de l’art”.
Plusieurs voyages à Jéricho, en Palestine ont également marqué les jeunes Vitriotes et Vitriots, entre réalisations artistiques et projet de coopération à vocation solidaire.
« Alain Audoubert, maire à l’époque, nous a demandé de l’accompagner dans ce voyage, au Japon, pour réaliser des reportages photos et vidéos. » © Michel Aguilera
Naissance de parcours d’excellence
Pour Hugues Ahnes, désormais photographe professionnel, l’atelier a joué un rôle crucial dans son parcours. C’est en fréquentant l’atelier qu’il décide de passer le concours de l’école des Gobelins et qu’il se lance définitivement dans la photo : “Je venais de la peinture et je voulais connaître les techniques photographiques. À partir du moment où j’ai commencé à fréquenter l’atelier, j’ai continué avec la photo qui est devenue mon métier”, relate Hugues, qui ajoute :
“Pour moi, la photo était un moyen de m’ouvrir aux autres, sortir, voyager, connaître. L’ambiance de l’atelier m’a permis de trouver tout cela, accompagné par la compétence et la bienveillance de Michel”.
“L’atelier, en effet, quand tu y rentres, tu ne le quittes plus ! s’exclame Coco De RinneZ. Parfois, on venait juste pour se rencontrer, pour discuter et échanger nos idées.” Le tout dans une ambiance intergénérationnelle, car les plus jeunes, aujourd’hui comme il y a trente ans, sont encore adolescents. C’est le cas d’Ilhan, 16 ans, passionné par la vidéo. Entouré de ses copains, il confie détenir un appareil argentique qu’il compte bien “réutiliser un jour”.
Un vestige du passé qui trouve tout son sens au sein de l’atelier dans les mains d’une nouvelle génération qui ne manque pas de curiosité.
Luca Endrizzi