Marie-Christine Defait, L’art du collectif
Publié le 04 mars 2026 Modifié le 06 mars 2026
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Pour atteindre son atelier, il faut laisser derrière soi le RER, passer la porte cochère, les bégonias. Au fond d’une jolie cour pavée, c’est là. Un hangar à la façade ocre, très lumineux, à la fois galerie et lieu de travail. “Du train, on n’imagine pas découvrir ça !” s’amuse l’artiste. Le chevalet en bois de Marie-Christine fait face à des centaines de bocaux en verre. Sur les étiquettes, on peut lire : Fontainebleau, Zanzibar, Provence, Cuba. Des sables de partout qui, mêlés à la peinture acrylique, font la matière et la transparence de ses tableaux. Blanc, beige, gris, ocre, noir… toutes ces nuances habitent les murs. Avec une constante dans son œuvre : « des silhouettes floues, des humains de passage, que le temps efface ou ressuscite. “
« Je travaille sur la mémoire. Celle des hommes et de la terre.”
Marie-Christine Defait est habitée par le décès de l’un de ses frères, à 52 ans. Cancer du sang, après un voyage à Tchernobyl. Il était journaliste scientifique. “C’est pas une peinture marrante, hein ! lance- t-elle pour briser l’effroi. Mais que ça plaise ou non, je m’en fiche. Ceux que ça touche entrent en osmose. Les êtres qu’on peint ne partent jamais.” Elle raconte tout ça avec distance, dans un sourire. Marie-Christine est une pragmatique.
Un voyage immobile, tout à la loupe
À 19 ans, elle se fait embaucher avant même de décrocher le bac. “Le prof était un recruteur de chez Michelin. Il avait vu que j’étais assez douée.” La jeune femme débute sa carrière à Paris, le nez sur les cartes routières, plume à la main, en quadrichromie. Un voyage immobile, tout à la loupe, à l’envers, de chefs-lieux en rivières. Passée ensuite à l’ordinateur, elle illustre des guides touristiques. Elle travaillera quarante ans pour la marque au Bibendum : “Ben oui, on ne vit pas de l’air du temps !” Marie-Christine doit faire bouillir la marmite. Un jour de Fête de l’Huma, elle rencontre Magali. “Un coup de foudre.” Celle qui deviendra sa femme a deux enfants très jeunes. Il faut les élever et financer de gros travaux dans leur maison-atelier du Port-à-l’Anglais, à Vitry.
Ce lieu est aussi le cœur battant d’une aventure artistique collective. Sur le piano, quelques œuvres miniatures de ceux qui sont passés par là. Les peintres et sculpteurs de Spirale, un premier groupe de plasticiens, fondé dans les années quatre-vingt-dix.
“On a imaginé des expos, créé avec les élèves des écoles primaires, et même initié un échange avec des artistes anglais et allemands des villes jumelées à Vitry”, se souvient Marie-Christine.
Vingt ans plus tard, en 2008, un autre collectif voit le jour : Vitriosart. Il rassemble au départ une poignée de créateurs qui acceptent d’ouvrir leur atelier. Les voisins découvrent alors la belle galerie au fond de la cour pavée. Après le covid, Marie-Christine devient présidente.
« Nous voulons que l’art rayonne »
Aujourd’hui, 35 peintres, sculpteurs, mosaïste ou créatrice textile participent chaque automne aux portes ouvertes, pensées comme une déambulation. “Nous voulons que l’art rayonne dans la ville, explique-t-elle. C’est notre participation citoyenne à nous, pour inciter les gens à voir ailleurs, à s’ouvrir. Ils voyagent d’un univers à l’autre.” Le groupe multiplie les initiatives : location de la boutique éphémère le Passage pour des expositions à thème, interaction avec les visiteurs. Accrochage régulier à la galerie Jean-Collet.
Avec un aboutissement en ce mois de mars : Vitry vue par ses artistes. Chaque membre de Vitriosart a, par exemple, imaginé sa version de l’iconique pont du Port-à-l’Anglais dans un immense tableau commun. “Vitry n’est pas forcément une ville à peindre, mais elle est inspirante, souligne Marie- Christine Defait. Avec la politique culturelle, le MAC VAL, le théâtre Jean-Vilar, la proposition est énorme ici.”
Quand elle veut pousser les murs de son atelier, la peintre fait un tour passage Saint-Germain, haut lieu du street-art, “pour voir s’il y a du nouveau !” Ou à l’inverse, elle s’assoit au calme sous le cèdre du Liban du parc du Coteau-Marcel-Rosette. Là, elle arrête le temps, comme dans ses tableaux.
Portrait réalisé par Lucie Darbois