"À l’aune de leurs peaux", corps vibrant, encore et toujours
Publié le 15 mars 2026 Modifié le 17 mars 2026
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Le sujet est majeur, mais on en parle peu. Pourquoi, avec le temps et surtout à partir de la cinquantaine, le statut du corps féminin perd, aux yeux de la société, de son pouvoir érotique ? Voire même a tendance à « s’invisibiliser », comme le souligne la chorégraphe Marie Barbottin ? Comment s’affranchir du regard dévalorisant sur la vieillesse, les cheveux blancs, la peau qui se distend, pour considérer la beauté et la force de cet âge ?
« Si j’étais danseuse classique, je serais à la retraite !, lance Marie Barbottin. Or, voir des danseuses âgées de la cinquantaine pleines de puissance, de maturité, de décomplexion, m’a donné envie de m’attaquer à nos stéréotypes et à détricoter le rapport au vieillissant ».
Elle a donc réuni cinq danseuses contemporaines de cette tranche d’âge, et s’est appuyée sur leur vécu pour construire un spectacle qui prend le contre-pied des injonctions à l’obsolescence.
Parmi elles, Véronique Teinderas se souvient : « Quand Marie m’a contactée, je me suis dit : mince, je vieillis, on me propose un rôle spécifique lié à mon âge ! Mais une fois au travail, la connexion avec les autres s’est avérée magique.» Le projet raconte aussi l’émancipation actuelle de la création vis-à-vis d’un regard purement masculin. « Il y a de plus en plus de femmes scénaristes, chorégraphes, metteuses en scène. Cela se ressent sur les histoires racontées, qui se décentrent des femmes jeunes », observe Emma Gustafsson, également danseuse.
Six Vitriotes ont répondu à l’appel
Avec la médiation du théâtre Jean-Vilar, Marie Barbottin a également, en amont, lancé un appel à témoignage auprès des habitantes du même âge. Six Vitriotes ont répondu, auxquelles s’ajoutent une quinzaine d’habitantes à Strasbourg et Reims. « Les cercles de parole ont fait émerger une forte proximité des ressentis malgré nos parcours variés, et beaucoup de sororité entre nous », relève Véronique Teinderas. Des extraits seront écoutables via des bornes munies de casques dans le hall du théâtre.
A partir de ces vécus, la philosophe féministe Camille Froidevaux-Metterie a écrit un texte poétique, Le monologue du corps, sorte de fil rouge du spectacle dit par la comédienne Anouk Grinberg. S’y tisse une autre forme de rapport au corps, qui fait place à la réinvention, la liberté, l’attention et la connaissance de soi.
« Lors de représentations précédentes, raconte Marie Barbottin, j’ai eu des retours de lycéennes bouleversées , qui me confiaient n’avoir d’un coup plus peur de vieillir ! ».
Naï Asmar