Lucie de Framond : au plus proche du vivant
Publié le 11 mai 2026 Modifié le 11 mai 2026
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Une grille rouillée, des hangars et, derrière, un terrain verdoyant accolé au parc des Lilas. C’est là, entre épinards, poireaux et pommier fleuri, que nous rencontrons Lucie de Framond. Cette cultivatrice exploite ce terrain de 1,4 hectare. Un rare champ dans la ville.
“Je suis parmi les maraîchères les plus proches de Paris”, remarque la gérante de l’entreprise unipersonnelle La Clef des sols, qui vend des produits bio via un site internet et auprès d’une association pour le maintien d’une agriculture paysanne (Amap). Le grand potager, les serres et le verger ne comptent pas moins de quarante fruits, légumes et aromatiques : pommes, poires, groseilles, blettes, aubergines… Avec pour certains, plusieurs variétés, trente pour les tomates ! Le tout dans un écosystème d’insectes, oiseaux et autres petits animaux. Parfois, un renard pointe le bout de son nez – oui, Lucie en a vu plusieurs !
Une belle transformation pour un site hérité, il y a douze ans, d’un horticulteur qui cultivait en pots, hors sol.
“Partout, le sol était tassé, sec, on aurait dit du béton !” se souvient la cultivatrice.
Il aura fallu bien des heures de labeur – elle ne s’accorde que quatre semaines de vacances par an – pour y ré-insuffler de la vie. Et le tout de ses mains, Lucie n’étant pas adepte des engins motorisés. “Pas besoin, pas envie…” souffle-t-elle. Une part de sobriété dans son travail ? “Oui, et je le revendique !” Pourtant, elle n’hésite pas à se décrire comme flemmarde : “Je repense sans cesse mes modes opératoires pour que la nature fasse le travail !”
Une passion pour le vivant
Cette passion pour le vivant lui vient sans doute de son père, lui-même mordu. Fils d’agriculteur devenu ingénieur informatique, il acquerra une maison à restaurer dans le Lot, avec pour rêve d’y faire venir des chevaux sauvages. “C’était un grand chantier, mais c’était bien”, se souvient Lucie qui, enfant, passait des heures dans les arbres, à regarder le ciel.
Elle choisira des études d’ingénieure forestière, travaillera longtemps dans une association d’informations sur la sylviculture avant d’intégrer, en 2003, la municipalité de Tremblay-en-France comme chargée de développement durable. Mais une insatisfaction persiste : “J’avais envie de faire de mes propres mains.”
En 2010, premier déclic. Au détour d’une exposition, elle découvre la construction en terre crue, procédé traditionnel à faible impact environnemental. Elle envisage un temps d’en faire son métier mais, enceinte, renonce à la vie de chantier. Toutefois, c’est décidé, elle quitte son poste d’agent territorial, suit une formation d’un an, cette fois en maraîchage bio, lors d’un stage avec l’ancienne association vitriote Planète lilas.
La clef des sols trouve son ancrage
En 2014, titulaire du brevet professionnel responsable d’entreprise agricole (BPREA), elle prend contact avec le département, qui lui confie le terrain actuel par bail rural. La Clef des sols a trouvé son ancrage, et Lucie son domaine d’observation et d’expérimentation. Attentive à chaque espèce vivante, elle cultive souvent à partir de graines issues de sa production, protège les plantes avec un mélange bactériologique produit au compost, et n’hésitera pas à déplacer, si besoin, des pontes de mantes religieuses pour les préserver.
Malgré cette activité intense, elle ne se rémunère quasiment pas. “J’arrive juste à payer les factures”, pointe-t-elle. Et pourtant, elle continue.
“Parce que je suis contente de me lever le matin, contente quand je reviens de vacances.” Et pour apporter la preuve que, oui, “l’alternative existe en agriculture.
Portrait réalisé par Naï Asmar-Makni