Germain-Defresne : mémoire et renouveau

La cité Germain-Defresne va être partiellement démolie dans le cadre du NPRU. Tandis que de nombreux locataires sont déjà relogés, c’est un pan de la vie locale qui se clôt pour permettre la dédensification du quartier. Retour sur un siècle de mutations du secteur, témoin des évolutions de la ville.

Publié le 03 août 2026 Modifié le 03 août 2026

Temps de lecture estimé : 5 min

Il fut un temps où il y avait des champs, à l’emplacement de la cité Germain-Defresne. On y était à l’écart de l’église Saint-Germain et du Port-à-l’Anglais, où se trouvait le bourg naissant. Tandis que de l’autre côté de la rue Henri-Barbusse, l’actuelle allée du Château conduisait à l’entrée du vaste parc du château de Vitry, aujourd’hui disparu.

Au XIXe siècle, les premières manufactures, et l’arrivée du tramway et du train vers la capitale, conduisent à l’installation de familles d’ouvriers sur la ville, dans des habitations souvent rudimentaires. L’un d’eux, manœuvre, explique, par exemple, dans un courrier, en 1956, résider rue Germain-Defresne « avec mon amie et ses deux enfants […] dans un poulailler étayé ».

La population de Vitry-sur-Seine passe de 8 000 habitants en 1896… à 52 000 en 1954. Ici, comme ailleurs, l’urgence est de loger. Et de loger bien. La municipalité d’union de la gauche défend un programme d’immeubles collectifs accessibles aux plus modestes, avec eau courante, logements spacieux et bien exposés.

La naissance d’une cité moderne

Le 30 septembre 1955, elle décide d’acquérir 10 000 mètres carrés de terrain rue Germain-Defresne pour construire une HLM du même nom. Les propriétaires – quelques familles, l’Assistance publique, le département de la Seine – sont expropriés, des indemnités sont versées. La construction, de 1963 à 1967, à proximité du cimetière ancien, donnera jour à trois barres de 9 à 14 étages, soit 318 logements !

Nadjib Badis y habitait, enfant, dans les années 1990. Non sans nostalgie, il se souvient : « On jouait au foot dehors avec les copains. Mes parents m’avaient donné comme instruction : “lorsque les réverbères s’allument, tu as dix minutes pour rentrer”. Et je le faisais, pas besoin de venir me chercher ! »

22 janvier 1967 La cité est inaugurée en présence du maire, Marcel Rosette, et du député, Georges Gosnat.

22 janvier 1967
La cité est inaugurée en présence du maire,
Marcel Rosette, et du député, Georges Gosnat.

Une cité façonnée par les souvenirs

Sa génération a été marquée par l’entraide, la solidarité. Il y avait les sorties dans le minibus du centre de loisirs de quartier Germain-Defresne, dont il est aujourd’hui le directeur de la partie ado. Et les séances de théâtre d’impro pour les jeunes de son grand frère, Rafik (lire le portrait de Rafik Badis dans Vitry, le mensuel de juin 2026).

Fin des années 1990, la cité est réhabilitée. Puis, le Mac Val est construit. « Avant, c’était un terrain en friche, je le voyais depuis mon balcon ! » se souvient Ayélé, qui a emménagé avec sa famille au 5e étage en 2004, à 7 ans. Elle se rappelle de sa première visite dans ce musée d’art contemporain : « C’était avec l’école. Il y avait une installation avec des grands spaghettis suspendus, et on pouvait rentrer dedans, c’était génial. »

Elle y retournera souvent par elle-même. Sa grande sœur, Coco De RinneZ, devenue artiste photographe, y expose d’ailleurs ! En 2021, le tramway T9 permet de rejoindre Paris en quelques minutes.

Les générations passent, mais la barre garde son esprit solidaire, à l’image de l’association Street Vibes, créée par des jeunes de la cité, qui propose aujourd’hui des fêtes mêlant les générations, des distributions alimentaires ou encore des interviews sur les réseaux sociaux pour faire découvrir des métiers aux jeunes.

1997 Des jeunes du centre de loisirs plantent une vingtaine d'arbres avec le service des Espaces verts.

1997
Des jeunes du centre de loisirs plantent une vingtaine d’arbres
avec le service des Espaces verts.

La mémoire avant la transformation

Mais la cité est vétuste, et l’heure n’est plus aux grandes barres. Après plusieurs années de préparation, un programme de renouvellement urbain est acté en 2022 avec l’Agence nationale de renouvellement urbain (Anru).

« Une partie de la résidence – 9 escaliers sur les 12 – va être démolie pour réaliser un mail traversant est-ouest, des espaces végétalisés, un city stade, et construire des immeubles plus petits », explique Delphine Smith, cheffe de projet renouvellement urbain à la Ville.

Pour cela, 264 familles doivent quitter leur appartement. Le relogement, notamment dans le parc du bailleur Valdevy, est facilité par les nouvelles constructions aux Ardoines ou à Rouget-de-Lisle. Mais la transition n’est pas aisée pour nombre d’habitant·e·s.

Valdevy lance en 2023 un projet mémoire, Mosaïque. Pendant deux ans, des artistes et des acteurs locaux recueillent des témoignages d’habitant·e·s sur ce que fut le quartier, ce qu’il représente pour eux aujourd’hui.

« Un podcast a été gravé sur des disques vinyle – plus pérennes que les CD –, il y a aussi des photos, une fresque, un recueil de souvenirs culinaires… », explique Claire Rio, du service Animation et vie des quartiers de Valdevy.

Un nouveau chapitre pour Germain-Defresne

Un exemplaire de chaque réalisation a été mis dans une capsule scellée, à ouvrir en 2055 ! Aujourd’hui, il reste 37 familles à reloger… Ayélé, sa mère et son frère en font partie. Ils sont parmi les derniers occupants de leur bâtiment : « Au moins, on a l’ascenseur pour nous ! », rigole-t-elle.

Elle espère un endroit où elle se sentirait bien : « J’ai tant de souvenirs ici. Mes amies d’enfance y ont toutes habité. On se retrouvait toujours derrière, là où il y a les jeux et, encore aujourd’hui, j’adore me rendre au tourniquet ! »

Décembre 2025 Fresque réalisée dans le cadre du projet Mosaïque.

Décembre 2025
Fresque réalisée dans le cadre du projet Mosaïque.