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Il y a 90 ans, le Front populaire
Publié le 22 septembre 2026 Modifié le 22 septembre 2026
Temps de lecture estimé : 5 min
Les congés payés
« Je n’oublierai jamais ces personnes qui avaient 40 ans de travail voire plus quand elles ont obtenu ces quinze jours de congés payés sans travailler. Il y en avait qui pleuraient vraiment à chaudes larmes car cette idée leur était impensable avant les grèves.”
Ces mots confiés par Ginette Mateos Germa, 18 ans en 1936, illustrent le basculement d’alors.
Les années trente à Vitry
L’industrie est très développée. On compte 10 000 ouvrières et ouvriers dans les manufactures : Breton-Steinbach (eau de Javel), Falke (traitement de chiffons), Société générale des huiles de pétrole, ateliers SNCF, Fonderie technique de Vitry… Beaucoup travaillent à la chaîne, parfois au contact de produits chimiques, souvent sans protection.
Améliorer les conditions de vie des personnes de condition modeste
On peut travailler cinquante, soixante heures par semaine, pour quelques francs horaires – des montants de 2 à 4 francs sont rapportés dans des articles de l’époque. Tandis qu’un œuf coûte 0,75 franc, 500 grammes de beurre, 9 francs. Une Simca, 10 000 francs.
La municipalité de Vitry, passée sous pavillon communiste en 1925, s’efforce d’améliorer les conditions de vie des personnes de condition modeste (programmes de logements, écoles, centre municipal de santé…). Elle s’inscrit dans des valeurs antifascistes, milite pour le vote des femmes (qui en ont été privées jusqu’en 1944). Les Vitriotes sont d’ailleurs invitées à voter de manière symbolique, dans un bureau de vote dédié, aux législatives de 1936.
Après la désignation du gouvernement de Léon Blum, un grand mouvement de grève s’organise pour peser sur le patronat. Deux millions de travailleurs y participent. À Vitry, une quarantaine d’usines regroupant environ 5 000 salariés sont concernés.
“Nous avons occupé l’usine. […] Il y avait des banderoles, tout le monde dansait, mangeait, chantait”, s’est souvenue Paulette Verriez, ouvrière à la chaîne.
Tours de garde, réunions d’informations entre grévistes, négociations avec les patrons se suivent. Résultat, des augmentations de salaire et des meilleures conditions de travail sont obtenues usine par usine. Au niveau national, les lois des 20 et 21 juin créent les conventions collectives, la semaine de 40 heures, les 15 jours de congés payés et garantissent une liberté d’opinion.
« Après la grève […] j’ai plus que doublé mon salaire »
“En avril 1936, je gagnais 5,96 francs par jour, soit 154 francs dans le mois. Après la grève […] j’ai plus que doublé mon salaire, c’était une petite fortune que je ramenais à la maison”, évoque José Martin. « Avec 36, nous avons aussi obtenu une cantine”, souligne Joséphine Rey-Dorène. “On a tout de suite acheté des choses nouvelles […] pour les enfants, […] pour rendre l’intérieur de notre foyer plus agréable. Nous étions subjugués par ce formidable mouvement pour la classe ouvrière. Prendre le train, partir en vacances, cela ne nous était jamais arrivé. On ne l’imaginait même pas”, a confié Simone Antoine, qui avait 24 ans.
Désillusions ?
Mais profiter des congés n’est pas aisé quand les sous restent comptés. Faute d’argent, certains restent à Vitry, vont à la baignade du Port-à-l’Anglais, organisent des pique-niques. Ensuite, beaucoup évoquent des “désillusions”. Des licenciements ont lieu, comme des sanctions à retardement.
“Les patrons nous l’ont quand même fait payer. […] Mon mari a été licencié car il avait été meneur de grève”, a noté Simone Antoine.
“Quand j’ai vu mon dossier en 1939, il y avait trois croix rouges où était marqué « dangereux propagandiste à surveiller étroitement »”, a expliqué quant à lui Charles DeyDorène.
“La troisième année […] nous étions encore en vacances sur la côté basque, nous lisions les journaux, nous écoutions la radio et nous sentions que cela n’allait plus. […] Le danger était à nos portes !” a affirmé Lucienne Carcel.
S’ouvrent les années sombres de la Seconde Guerre mondiale, qui se conclura en France en 1945 avec, finalement, d’autres avancées imaginées par le Conseil national de la résistance, dont la création de la Sécurité sociale, mises en œuvre par un gouvernement transitoire d’union nationale.
Naï Asmar-Makni