Prix Novembre à Vitry 2026 : une peinture qui prend soin

Jusqu'au 13 décembre, à la galerie municipale Jean-Collet, le Prix Novembre à Vitry présente vingt œuvres aux techniques variées. Les deux lauréats, Andrea Scippe et Jules Carlito Beurrier-Loncan, défendent une pratique fondée sur le soin des objets et du monde.

Publié le 29 septembre 2026 Modifié le 29 septembre 2026

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Comme chaque année, le Prix international de peinture Novembre à Vitry vient rendre compte de la diversité des pratiques picturales émergentes. Exposées jusqu’au 13 décembre à la galerie municipale Jean-Collet, les vingt œuvres sélectionnées forment un paysage où cohabitent des matériaux et des techniques multiples, inventives, et où un trouble omniprésent fait écho à l’état du monde.

Parmi les œuvres sélectionnées du Prix international de peinture Novembre à Vitry, les deux lauréats que sont Andrea Scippe et Jules Carlito Beurrier-Loncan défendent des pratiques singulières fondées sur le désir de prendre soin des objets et du monde.

Depuis sa création en 1969, Novembre à Vitry est tout à la fois témoin et acteur des grands mouvements, des transformations incessantes de la peinture contemporaine. Le 26 septembre au soir, un traditionnel double vernissage rassemble amateurs d’art et curieux à la galerie municipale Jean-Collet.

Au rez-de-chaussée on se presse devant les vingt œuvres sélectionnées par le jury 2026 parmi les 500 candidatures reçues, tandis qu’à l’étage supérieur on découvre un dialogue entre le travail des deux lauréats de l’an passé – Bohyeon Hwang et Sosthène Baran – savamment orchestré par la commissaire d’exposition Alexandra Goullier Lhomme.

Un art sans frontières

Au terme d’une allocution de Fatmata Konaté, adjointe à la Culture, affirmant l’engagement de la Ville à travers ce Prix « pour un art qui ne soit pas réservé à une minorité », les lauréats sont désignés : la Française Andrea Scippe et le Franco-Guadeloupéen Jules Carlito Beurrier-Loncan. Nés pour l’une en 1998, pour l’autre en 2003, ces jeunes plasticiens font partie des vingt artistes retenus dont les pièces exposées interrogent avec force et imagination les frontières de leur discipline.

Alors que sa présence ne fait aucun doute dans les superbes créations de Bohyeon Hwang et Sosthène Baran, qui selon le fonctionnement habituel du Prix ont assumé le rôle de jury de l’édition 2026 avec trois artistes invités (Marine Zonca, Joan Ayrton et Lassana Sarre qui a grandi à Vitry-sur-Seine), elle n’est pas ce qui saute d’emblée aux yeux chez les lauréats de l’année. S’ils ont tous les deux entamé leur parcours par une peinture assez conventionnelle, ils s’en sont éloignés pour aller vers des formes beaucoup plus hybrides, à la lisière de l’installation.

Prendre soin et en découdre

Posée au sol de sorte à imposer aux visiteurs un léger détour, Tress Koleee de Jules Carlito Beurrier-Loncan est fait de la rencontre d’une valise calcinée avec une photographie retouchée d’un homme qui se fait coiffer.

« J’ai collecté ces deux objets comme je le fais de toutes les choses qui composent mes œuvres, parce que j’ai été touché par leur force symbolique. Ensemble, ils évoquent le voyage et la migration, sujets que j’explore par ailleurs avec des instruments de musique abîmés, cassés », explique le jeune homme.

« Emballé 2 » d’Andrea Scippe et « Tress Koleee » de Jules Carlito Beurrier-Loncan.

Construite en PVC, en papier kraft et matériaux de récupération, Emballé 2 d’Andrea Scippe est plus énigmatique encore.

« Cette peinture-objet marque un tournant récent dans mon geste, où le réemploi est devenu central comme une manière de prendre soin des choses, de prolonger leur vie », dit l’artiste qui se dit aussi particulièrement heureuse d’être récompensée par une institution publique .

La joie de participer à Novembre est aussi manifeste chez les membres du jury. Pour Marine Zonca et Joan Ayrton, « l’éthique de ce Prix est exemplaire. Avec son système de candidatures anonymes, très rare dans le milieu de l’art, il donne ses chances à toutes et tous ». Dans les vingt œuvres choisies, elles voient « l’expression d’une génération aussi inventive qu’inquiète. Jusque dans les œuvres où la joie semble dominer, on sent poindre un trouble, des perturbations. Nous avons là des artistes qui veulent en découdre avec leur époque ».

Anaïs Heluin

Galerie municipale Jean-Collet
59 Av. Guy-Môquet
Mardi 13h30–18h
Mercredi 10h–12h, 13h30–18h
De jeudi à dimanche : 13h30–18h