Blocage des lycées : Que réclament les lycéens ?

Vétusté des bâtiments, professeurs absents et non remplacés, emplois du temps surchargés, orientation incertaine… À l’image du mouvement qui prend de l’ampleur dans toute la France, les lycéens de Jean-Macé, Camille-Claudel et Adolphe-Cherioux se mobilisent pour dénoncer leurs conditions d’apprentissage.

Publié le 02 octobre 2026 Modifié le 02 octobre 2026

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Ils sont arrivés à 6h du matin pour bloquer leur lycée. Ce jeudi 1er octobre, poubelles et matériel de chantiers sont solidement entassés devant la grille de l’établissement Jean-Macé.

« Avant-hier et hier on était déjà là mais il y a eu des tensions avec la police qui ont gâché la mobilisation » explique Lyséa, élève de terminale, pancarte à la main. Aujourd’hui tout se passe bien, notre rassemblement est totalement pacifique, et il doit le rester »

Conditions d’accueil dégradées

Sur les motivations de leur mobilisation, les lycéens citent la vétusté et le manque d’entretien des locaux : « des trous dans les murs jamais comblés », « des toilettes qui ne fonctionnent pas toute l’année, sans porte, sans papier et sans robinet », ou encore des classes qui ne sont pas climatisées. « L’été, c’était invivable, d’autant qu’on ne pouvait même pas ouvrir les fenêtres à cause du bruit du RER juste à côté », témoigne Chad, élève de première.

Manque de personnel au cœur des revendications

Parmi leurs préoccupations, les lycéens citent aussi le manque de personnel avec « une seule infirmière qui tourne sur trois sites et qui n’est soit jamais disponible soit absente » et des professeurs absents eux aussi et non remplacés.

Aux côtés des élèves, de nombreux enseignants étaient également présents pour réclamer eux aussi un financement du service public de l’éducation à la hauteur des besoins.

« À Vitry, les trois lycées publics sont pleins », déclare Robin Cantaloube, professeur d’histoire-géographie et membre du syndicat CGT Education 94. A Jean-Macé, il y a trop d’élèves par rapport aux capacités d’accueil du bâtiment et par rapport au nombre d’adultes présents qui, lui, n’a pas bougé depuis 20 ans ».

À Camille-Claudel et Adolphe-Chérioux, les mêmes difficultés

Des protestations se faisaient entendre au même moment dans les lycées Camille-Claudel et au Lycée Adolphe-Cherioux. « L’année dernière, un camarade blessé par une perceuse ne pouvait même pas être soigné car il n’y avait pas d’infirmière », raconte Mohamed élève en première filière plomberie. Manel, elle, en classe de terminale STi2D, alerte sur sa situation : aucun cours de physique-chimie n’a pu être assuré depuis la rentrée faute de professeure. « Avec le bac qui approche c’est insupportable et tellement stressant », témoigne la lycéenne.

Comme au lycée Jean-Macé, les élèves regrettent des emplois du temps très chargés avec « des trous » au milieu de la journée générés par les absences et le non-remplacement de certains enseignants. « On vient pour finalement ne pas étudier, on traîne dans la cour ou au Lidl d’à côté car on ne peut pas rentrer chez nous lorsqu’on habite à une heure de route voire plus ».

Parcoursup et l’orientation, autres sources d’inquiétude

Autre problématique : le défaut d’information sur l’orientation et le fonctionnement opaque de la plateforme Parcoursup.

« C’est un système qui privilégie les Parisiens, ici une enseignante nous a clairement dit qu’en filière pro, sans minimum 15 de moyenne, on n’avait aucune chance d’être pris au sérieux sur Parcours Sup », déplore Fati en terminale électricité.

Un climat général qui décourage au travail et démotive d’après Kyslly en formation aux métiers d’arts : « Il a fallu une pétition sur une année pour obtenir la réparation de la lumière des toilettes, peste la jeune fille. On se sent stigmatisé et délaissé, on n’a pas de prof, pas d’aide, pas d’infirmière, à quoi ça sert de venir étudier ? »

99 millions d’euros de travaux, mais des malfaçons déjà pointées

Valérie Pécrésse, présidente de la région, a fait le déplacement en début de matinée pour échanger avec les lycéens mobilisés et rappeler l’investissement conséquent engagé autour des travaux de rénovation et d’extension de l’établissement – 99 millions d’euros.

Problème : les premières livraisons inaugurées à la rentrée avec la construction et la rénovation de nouveaux bâtiments et ateliers pour les filières professionnelles comportent des malfaçons et notamment un défaut d’isolation.

Les élus à la rencontre des lycéens

Le maire et son adjoint en charge de la Jeunesse Mady Sissoko se sont rendus à la rencontre des lycéens pour échanger avec eux dans les trois établissements concernés. Un échange avec le proviseur du lycée Cherioux et des représentants d’élèves a pu être initié pour tenter de rétablir le dialogue.

La mobilisation s’intensifie

Mardi 6 octobre 2026, l’Union syndicale lycéenne rejointe par l’Union étudiante entendent franchir une nouvelle étape dans la contestation en appelant à une grande manifestation nationale et à des blocages massifs des lycées et universités. Des intersyndicales d’enseignants appellent également à des journées de grève pour soutenir les revendications sur les conditions d’étude et le manque de moyens.

Majda Abdellah