Nimis Groupe : l’humain au centre du débat

À la fin du spectacle, Ceux qui m’ont rencontré ne m’ont peut-être pas vus, une bonne partie du public s’attarde pour discuter avec la troupe Nimis Groupe.À la fin du spectacle, Ceux qui m’ont rencontré ne m’ont peut-être pas vus, une bonne partie du public s’attarde pour discuter avec la troupe Nimis Groupe.© Sylvain Lefeuvre

Culture

Publiée le 13 mars 2018 - Mise à jour le 22 avril 2018

Le théâtre Jean-Vilar faisait salle comble, vendredi 9 février ! À l’affiche : "Ceux que j'ai rencontrés ne m’ont peut-être pas vu", du Nimis Groupe. Un théâtre-documentaire sur la question des politiques migratoires suivi d'un échange entre acteurs, Vitriots et personnes concernées.

Une foule hétérogène se presse aux portes du théâtre Jean-Vilar à Vitry. À l’affiche, vendredi 9 : "Ceux que j'ai rencontrés ne m’ont peut-être pas vu", théâtre-documentaire sur la question des politiques migratoires, spectacle-phare de la saison.

Sans surprise, le public habituel du théâtre municipal Jean-Vilar, rodé à la programmation du lieu, venant parfois depuis l’autre bout de Paris, est au rendez-vous.

Plus inédite est la présence, au milieu de cette assemblée, de nombreux groupes de personnes issues de l’immigration. Parmi celles-ci, on distingue les gens du foyer Manoukian, le collectif de soutien aux sans-papiers de Vitry ou encore les habitants du centre d’hébergement d’urgence pour migrants (CHUM) d’Ivry.

Beaucoup d’entre eux ont été invités expressément : depuis plusieurs semaines, le théâtre Jean-Vilar organise des rencontres entre la compagnie qui va jouer ce soir et les personnes de Vitry concernées par la problématique abordée dans le spectacle.

Un effort de médiation salué par le Nimis Groupe, troupe belge composée en partie de demandeurs d’asile, particulièrement attachée à jouer devant un public qui lui ressemble.

  • Des politiques migratoires

Dès l’entrée en scène, le Nimis Groupe pose très clairement les termes du spectacle: en raison du statut administratif précaire de certains membres de la compagnie, les spectateurs sont amenés à assumer une position de complice, voire de se mettre en situation de "délit de solidarité". Le message est clair et il n’est pas neutre – comment l’être sur ce sujet brûlant ?  

De fil en aiguille, la troupe dresse l’inventaire de toutes les problématiques soulevées par les politiques d’asile et de migration européennes en place aujourd’hui et rien n’est oublié : ni les naufrages en Méditerranée, ni les vaines tentatives de détournements des flux migratoires...

La leçon est simple à retenir : il est apparemment plus rentable de refouler des indésirables que de sauver des vies humaines, et c’est la rhétorique "on ne peut pas accueillir toute la misère du monde" qui en prend un sacré coup…

  • Gravité et humour

Si la pièce prend des allures de documentaire pour le moins alarmant, le Nimis Groupe, joyeux et mutin, rappelle fréquemment aux spectateurs que nous sommes bel et bien au théâtre, quitte à sortir Shakespeare de son chapeau s’il le faut.

Le parti pris de pouvoir faire rire sur ce sujet-là est pourtant risqué : dans la salle comble, de temps à autre, des ombres s’éclipsent vers la sortie. Une coordinatrice du CHUM explique, après le spectacle, que certaines personnes logées au centre n’ont pas pu supporter certains passages de la pièce.

Ce moment, par exemple, où un des acteurs raconte, avec un réalisme qui ne trompe pas, une tentative de prendre la mer depuis la côte libyenne. Ici, pas de bons migrants, pas de mauvais migrants. La survie, tout simplement.

  • The show must go on…

À la fin du spectacle, une bonne partie du public s’attarde pour discuter avec la troupe.

"Si la pièce a réellement fait de nous des délinquants solidaires, maintenant, on fait quoi ?"

La réponse est remise au lendemain. Toujours au théâtre Jean-Vilar, les personnes intéressées étaient invitées à retrouver les comédiens et comédiennes du Nimis Groupe autour d’un cabaret et de tables de discussion. Au programme : le théâtre engagé, les politiques migratoires et les moyens de leur résister…

Timothée Froelich

 

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