Opposition aux réformes et lois de l’Éducation nationale

Élèves stressés, parents et enseignants inquiets … L’opposition aux réformes et lois sur l’Education nationale continue de gonfler.Élèves stressés, parents et enseignants inquiets … L’opposition aux réformes et lois sur l’Education nationale continue de gonfler.© Sylvain Lefeuvre

Education

Publiée le 25 mars 2019 - Mise à jour le 28 mars 2019

Élèves stressés, parents et enseignants inquiets… L’opposition aux réformes et lois de l’Éducation nationale continue de gonfler.

Les élèves de 3e et 2de vivent des conseils désorientés à cause des réformes de l’Éducation nationale. Les élèves de 3e peuvent, pour la première fois, choisir des options facultatives pour l’entrée en 2de général et technologique.

"Et pour l’entrée au lycée professionnel (concernant 1 lycéen sur 3 !) qui doit accueillir la toute nouvelle Unité de formation d’apprentis, il leur faut noter leurs vœux de profession en aveugle ! s’exclame Mathias Tranakidis, professeur de lettres histoire-géo à Chérioux. Aujourd’hui, impossible de savoir s’ils rejoindront l’école en tant qu’élève de formation initiale ou comme apprenti dans une entreprise avec un contrat à peine différent de celui d’un salarié, soit pour 25 % du SMIC 40 heures de travail par semaine."

Quant aux lycéens de 2de, ils ont rendu leur fiche de dialogue. "Mais on est dans le flou", s’émeuvent Marwa et Souheila, 16 ans, élèves à Macé. Ces deux jeunes Vitriotes sont en train de vivre la fin des filières au lycée avec, dès septembre, le nouveau choix obligatoire en 1re de 3 parmi 12 enseignements de spécialité (7 sont proposés à Chérioux et Macé et 10 à Rolland). Et là, elles hésitent…

"Quel parcours vont préférer les universités ?" "Et si mes choix me ferment des portes ou si je ne suis pas acceptée dans la spécialité ?"

En février, elles ont appris qu’elles seraient 35 en 1re à cause de la dotation horaire globale en baisse, et, mi-février, elles faisaient, en blouse blanche, la grève des épreuves de révisions avec 95 % de leurs camarades.

Des ambitions gouvernementales décriées

Dès novembre, à Macé, à Rolland puis à Chérioux déjà, les élèves bloquaient.
Ces réformes, celles du bac et du lycée général et technologique, et du lycée professionnel, décrétées en juillet et janvier "garantissent, selon le ministère, une ouverture sur l'Europe et le monde", "offrent un tremplin vers une insertion immédiate dans la vie active"…

Autant d’ambitions gouvernementales dont l’esprit et les moyens sont décriés par nombre d’observateurs de la communauté éducative. Ils estiment les lois et réformes "précipitées"," construites sans concertation, rétrogrades, "aggravant l’inégalité sociale", "réduisant les connaissances", "sortant la jeunesse populaire du système scolaire pour la mettre au travail dès 15 ans", " avec des choix de spécialités irréalisables". " Elles visent avant tout des économies de postes", concluent en colère et en chœur parents, enseignants, élèves. L’application des réformes, avancent des observateurs, ont pour impact de supprimer 2 postes et d'en geler 1 au lycée Chérioux et d'en geler 1 au lycée Rolland.

Le projet de loi "Une école de la confiance" sous surveillance

Ils restent vigilants aussi au projet de loi "Une école de la confiance" examinée par le Sénat jusqu’en avril. Ils y pointent déjà, comme l’exprime Julia Andrès, professeur des écoles à l’élémentaire Marcel-Cachin, "un rassemblement collège-écoles pour faire des usines-à-savoir et de nouveaux établissements d’enseignement international pour les élites », "des nouveaux profs peu formés", "des financements publics locaux pour l’enseignement maternel dans le privé et même dans les jardins d’enfants.

Ce que disent …


… Ce que disent des élèves

Au sujet de la réforme du lycée général et technologique

Marwa, 16 ans, seconde lycée Macé : au début je pensais que c’était une chance de choisir une spécialité et que ça ouvre plus de porte pour l’avenir professionnel. Mais il n’y aura pas assez de places par spécialité. Beaucoup d’élèves pourraient choisir mathématique en spécialité, mais s’il y a en a trop ? On va alors classer les élèves. Selon quels critères ? Les notes ? Le comportement ? Et puis en se spécialisant de plus en plus précisément, on se ferme des portes, car au début on ne nous dit pas que le tronc commun va être beaucoup plus faible que les années précédentes. Finalement, notre culture générale va s’appauvrir. Je suis inquiète, pas angoissée car j’essaie de relativiser dans ma vie, mais je m’interroge sur l’avenir dans les facs. En 1re, on doit choisir 3 spécialités, mais en terminale on n'en garde que 2 ! Laquelle écarter ? Il faudrait que les facultés nous indiquent lesquelles !

Souheila, en seconde option européenne au lycée Macé : c’est stupide de devoir choisir si tôt… nous, les lycéens, on est en pleine crise d’adolescence : le samedi on adore quelque chose, le lundi on n’en veut plus.

… Ce que disent des parents

À propos des réformes du bac et du lycée général et technologique, et du lycée professionnel :

Antoine Boulangé, du conseil local FCPE au lycée Chérioux : ce sont des baisses de moyens, une orientation plus précoce et sélective.

Au sujet de la réforme du lycée général et technologique et des enseignements de spécialités

M. Oliveira, président du conseil local FCPE lycée Macé :  "En réalité, nos enfants ne peuvent pas choisir leur orientation. C’est une vraie catastrophe. On fait miroiter qu’ils ont le choix. Mais ce ne sera pas possible, il n’y a pas assez de classes de spécialités. On fait une présélection avant le bac, qui s’ajoutera à une présélection au collège".

Cécile Latil, au bureau du conseil local FCPE lycée Chérioux :  Les spécialités, c’est juste un beau discours, mais dans la réalité, ce sera impossible. Trois choix dans 7 spécialités avec l’objectif de mélanger les élèves cela constitue 35 combinaisons de classes. Ce sera infaisable pour la direction. Je pense qu’une fois les vœux faits les proviseurs reviendront vers les élèves pour leur demander de changer leur choix.
De plus, c’est très culpabilisant pour les élèves qui subissent déjà des baisses de moyens, fermetures CIO, moins d’assistantes sociales, d’infirmières. Et là, on leur dit de faire des choix vite. Et comme avec Parcoursup, si vous vous êtes trompé, eh bien, c’est de votre faute ! »

Au sujet de la réforme du bac

Cécile Latil : pour le bac introduisant une part de contrôle continu, certains lycées gonfleront les notes et on n’aura plus de bac national.

… Ce que disent des professeurs

Au sujet de la réforme du lycée professionnel

Christine Lichtenauer prof histoire-géo au lycée professionnel Chérioux : il est prévu de mélanger le public professionnel et apprentis en intégrant dans les lycées pros des Unité de formation d’apprentis UFA, mais comment nous faudra-t-il faire cours à des groupes d’élèves qui n’auront pas le même rythme puisque les apprentis sont en entreprises régulièrement. Les lycéens en filière professionnelle seront moins bien formés qu’avant. Et l’étape suivante est de régionaliser la filière professionnelle. C’est pour moi un recul de quarante ans. On revient à une époque où, après le certificat d’études, on allait travailler. Et les conditions économiques ne permettent pas à des élèves de 15, 16 ans de trouver un patron facilement.

Mathias Tranakidis professeur de lettre histoire-géo, lycée professionnel Chérioux : on nous demande de trier les élèves, soit l’opposé de ce qui nous a poussé à faire ce métier : éduquer émanciper… On subit une baisse drastique du nombre d’heures d’enseignement général 1h de français, d’histoire-géo de langue par semaine. Le niveau de connaissance va baisser.
Il est prévu de supprimer 120 000 postes de fonctionnaires en France, et ici vous enlevez 20 à 25 % de cours à une population d’élèves qui dépasse le million en France : soit une économie de plusieurs milliers de postes…

Au sujet de la réforme du lycée général et technologique

Intersyndicale du lycée Macé : "la possibilité de choisir son orientation, vantée par la réforme, n’est donc qu’une illusion puisque seule une minorité d’élèves se verra accordé la combinaison des trois vœux souhaités".

Au sujet du projet de loi l’École de la confiance

Caroline Quiniou, professeur, lycée Romain-Rolland : c’est une loi socle qui concerne d’avantage le primaire et les collèges, mais c'est une très grande menace pour les directeurs d'école qui pourraient être amenés à disparaître avec la création de bassins d’éducation dont le principal du collège sera la tête. Il s'agit encore d'une loi qui a pour objectif principal de faire des économies. Au lycée, nous perdons beaucoup d'heures. Dans le Val-de-Marne, des postes seront supprimés ou gelés alors que le nombre d'élèves augmente.

Julia Andrès, professeur des écoles à l’école élémentaire Marcel-Cachin : il est prévu l’envoi de futurs profs de niveau licence 2 directement sur le terrain des remplacements pour une partie de leur formation. Soit des renforts très économiques et de nouveaux enseignants de moins en moins formés.

L’intersyndicale SNDI FO, SNI 94, SUD 94 et CGT Éduc’action 94 fustigent aussi le projet de financement par les collectivités des écoles maternelles privées et de jardins d’enfants doués des mêmes missions que l’école maternelle.

Gwénaël le Morzellec

 
  • EME le 27/03/2019 à 08:20

    C EST simple PLUS ON APPAUVRI plus on exploite plus on manipuleLire la suite

 
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Le projet de loi Blanquer

Mobilisations :
Après réunions, nuits des lycées, notamment le 13 mars à Chérioux, en présence du maire, Jean-Claude Kennedy, après grèves et manifestations, une grève* aux conseils de classe d’avis des profs sur les spécialités était prévue à Macé, des démissions de profs principaux et des note de 20/20 à tous les élèves envisagés à Rolland. Collectif Éducation 94 et mouvement Stylos rouges intersyndicale CGT, FO, SNEP, SNES, SUD, UNSA, FCPE prévoient des actions, le 30 mars. Et plusieurs rendez-vous courant avril, côté parents d’élèves.

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