Politique culturelle : l’Art en commun

02102012-visite guidee sur l art-SL  26 Une balade du 1% en 2012 autour de la Femme médiévale de Camilo Otero, 1978, place publique, angle des avenues Lucien-Français et Youri-Gagarine.© Sylvain Lefeuvre

Cadre de vie

Publiée le 03 octobre 2016 - Mise à jour le 04 octobre 2016

En 1951, l’État institue de réserver 1 % du budget d’une construction publique à la commande d’une oeuvre d’art. Ce 1 % artistique, pensé dans les années trente pour les lieux d’enseignement, visait aussi à soutenir les artistes. Dès 1965, Vitry s’en empare et développe une politique culturelle exemplaire en la matière.

Venir à Vitry, c’est faire l’expérience de l’art dès l’entrée de la ville.

Sur le boulevard de Stalingrad, deux ermites en résine blanche, juchés sur de hauts mâts, soliloquent le jour et s’éclairent la nuit, "comme un phare, qu’on peut regarder de loin et qui alors lie la ville au monde", souligne l’artiste Jaume Plensa.

pose Plensa 3Installation Désir-Rêve de Jaume Plensa, 2011, mutualisation pour la ZAC Concorde-Stalingrad© DR


Depuis 1962 et l’installation de l’Enfant qui marche de Balthazar Lobo dans la cour de l’école Éva-Salmon, Vitry n’a eu de cesse de placer l’art au plus près de ses habitants. Saisissant le 1 % artistique, Marcel Rosette, élu maire en 1965, et
Jean Collet, son 1er adjoint en charge de la Culture, s’engagent dans une politique culturelle audacieuse.

L’art, jadis présenté dans l’espace public dans une fonction commémorative ou décorative, sort des musées et des galeries pour venir transformer le quotidien des riverains. Dans un mémoire de Master 2 (Paris-X) consacré au 1 % artistique dans la ville, Chloé Fauvin note : “Vitry-sur-Seine se veut porteuse d’une politique d’aide à la création très forte.

Jean Collet, maire-adjoint de Vitry, en fait l’éloge lors d’un colloque en 1976 : "Cette politique prend en compte le rôle irremplaçable de l’art comme facteur d’épanouissement de l’individu, facteur de progrès humain, source de plaisir et d’enrichissement social et individuel… ".

La beauté dans le quotidien des Vitriots

En 1969, le peintre Serge Guillou est nommé conseiller aux arts plastiques. Sa
double casquette de conseiller et d’artiste apporte aux édiles l’assurance qu’il sera en prise directe avec l’art de son temps. Assez rapidement, la municipalité engage les bailleurs sociaux à appliquer le 1 % artistique.
Forte du succès qui accompagne cette initiative, elle propose alors aux promoteurs privés de faire de même.

"Nous étions des précurseurs en Île-de-France. Cela a eu des conséquences, comme l’implantation du Mac Val sur notre territoire", se souvient Alain Audoubert, maire de Vitry de 1996 à 2015.

15-05-14-variations lumineuse-NWI-003Variations silencieuses de Nathalie Junod Ponsard, 2015. Boulevard de Stalingrad (promoteur privé Interconstruction).© Nicolas Wietrich

Les oeuvres se fondent parfois dans l’architecture comme Gingko de Frédérique
Lucien, dans le bâtiment comme la clôture de Florence Valay, d’autres dans l’éclairage comme Variations silencieuses de Nathalie Junod-Ponsard ou encore dans l’environnement à l’image des Pictogrammes de Heidi Wood, d’autres enfin s’imposent au regard comme SiloScope du collectif LAb[au].

"À Vitry, remarque Jaume Plensa, il y a une volonté extraordinaire de ne pas seulement transformer la ville au niveau de l’architecture, mais aussi d’introduire une idée de beauté dans le quotidien des habitants."

Arrivée au poste de conseillère aux arts plastiques en 1997, Catherine Viollet, elle-même plasticienne, met en place à partir de 2007 la sélection des artistes sur concours. "Cela permet un véritable échange. Par ailleurs, nous insistons sur la pérennité de l’oeuvre. Nous demandons aux artistes d’être attentifs aux matériaux et d’évaluer un coût d’entretien."

delaunay  sonia  1977-paul-froment-8mai1945 L1040836Sans titre, Sonia Delaunay, 1977, patinoire municipale, restaurée en 2015© Archives de la ville

De fait, depuis 55 ans, ce ne sont pas moins de 142 oeuvres qui parsèment le territoire de Vitry, dont certaines d'artistes de renom comme Kijno ou Pignon-Ernest. "Les Vitriots sont assez attachés au fait que nous ne sommes pas une ville de seconde zone et que l’art contemporain a sa place dans notre ville", souligne Alain Audoubert.

Vitry possède une identité artistique

Il faut donc également veiller à l’entretien de ce parc artistique. Avec le projet du Grand Paris et l’accélération de la mutation urbaine, la ville invente des outils afin de favoriser l’apparition de nouvelles œuvres.
"À Vitry, les promoteurs signent une charte qui les engage à réserver un budget pour l’intégration d’une œuvre originale commandée à un artiste. Nombre d’entre eux s’y associent. Les récentes mutualisations à l’échelle des quartiers ont montré un possible travail collectif autour de cette question en rassemblant promoteurs, aménageurs, urbanistes et services de la ville. Ceci montre bien que la ville cherche à inventer de nouveaux processus", explique le maire, Jean-Claude Kennedy.

Autre impératif, l’accompagnement des œuvres auprès du public. Le 15 octobre l'œuvre fontaine de Didier Marcel, le Pin noir d’eau triche, sera inaugurée en présence de l’artiste avec le concours du service municipal des Espaces verts et des centres de loisirs du quartier.

"Il est très important d’accompagner cette démarche auprès du public et des habitants. C’est pourquoi nous proposons des parcours commentés, qui soulignent tout autant le contexte urbain ou paysager qui accueille les œuvres que le sens du travail des artistes", souligne Catherine Viollet.

"En valorisant depuis plus de cinquante ans la création sous toutes ses formes, Vitry s’est fondé une identité artistique à part entière, conclut le maire, Jean-Claude Kennedy. Cette présence de l’art dans la ville est aujourd’hui renforcée par la présence du street art, car bien avant qu’il ne devienne à la mode, nous avons su accueillir ces artistes, faciliter et valoriser leur travail. Je souhaite bien entendu développer encore notre politique culturelle qui mise sur la liberté de création et le soutien à celle-ci. C’est une part intégrante de l’identité de notre commune, une fierté pour ses habitants qu’il me parait indispensable
de valoriser."

Sylvaine Jeminet

 

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