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Fêtes du lilas : plus de 60 ans d'histoire(s)
Publié le 18 mai 2026 Modifié le 18 mai 2026
Temps de lecture estimé : 5 min
Il était une ville des faubourgs…
… qui fleurait bon le lilas, même en hiver. Au tournant du XXe siècle, elle en était la capitale mondiale. Ses jardiniers exportaient leurs fleurs grâce à une technique, la forcerie, qui faisait leur renommée. Puis, dans les temps d’après-guerre, alors que le pays s’industrialise, les travailleurs affluent de Paris, repoussés par la spéculation immobilière, déjà, et des provinces rurales comme d’autres pays.
La banlieue se construit, la campagne recule, Vitry devient une ville ouvrière. L’idée de créer les Fêtes du lilas est née de cette histoire et de ce contexte. Face aux transformations sociales et urbaines, les élues et les élus les instaurent pour renforcer les liens entre les habitantes et les habitants tout en célébrant l’identité de la ville.
Le lilas s’impose comme symbole de ce “moment identitaire ouvert sur le monde, porteur de volonté de coopération et de paix à l’heure de la mondialisation”, rappelait, à l’occasion des cinquante ans de l’événement, Alain Audoubert, maire de Vitry-sur-Seine de 1996 à 2015.
Le dimanche 15 avril 1962,il pleut à verse. Pourtant, la foule se presse nombreuse pour regarder le défilé.
Le dimanche 15 avril 1962, les vitrines sont décorées avec soin, les oriflammes ornent les rues, mais… il pleut à verse. Pourtant, la foule se presse nombreuse pour regarder le défilé. Depuis une semaine, la foire commerçante bat son plein. Sous les confettis et les fleurs en papier crépon, la joie est collective. Le conseil municipal défile avec les représentants des villes jumelées, qui seront invités chaque année depuis, devant les groupes folkloriques – 19 en 1967 – et les chars. Apparaît alors celui de la Reine du lilas qui clôt la parade : place au bal populaire et au feu d’artifice. Voilà ce que sera, une décennie durant, le programme des Fêtes du lilas. En 1968, cent mille personnes se rassembleront le long du parcours
Une fête en constante évolution
À partir des années soixante-dix, la fête se veut davantage participative. Les associations en deviennent des actrices majeures et l’on voit l’émergence des fêtes de quartier, mais aussi de la cité de la jeunesse et celle des associations avec leurs stands de nourriture, de jeux et d’activités pour tous. Les manifestations culturelles et le spectacle vivant envahissent aussi les équipements et le carnaval.
“C’est vraiment le jour des enfants, et on s’y sent bien. Sur place, il y avait du maquillage, des jeux à thème, des troupes de rue qui déambulaient dans la ville et qui venaient faire un tour”, se souvient Laetitia, une maman vitriote.
Le sport devient lui aussi un pilier de la fête. Les Olympiades des centres de loisirs rassemblent trois mille participants en 1985 au côté de grandes compétitions sportives comme le grand prix cycliste municipal ou d’événements plus originaux, à l’image de la course des facteurs. Les Fêtes du lilas sont aussi devenues des moments où les talents se déploient. Le tremplin de la création pour les jeunes est lancé en 1995 avant l’ouverture de la scène Gosnat en 1999, devenue depuis un rendez-vous incontournable pour des milliers de spectateurs.
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Un message collectif
Au fil des ans, le cœur des festivités s’est déplacé plusieurs fois de la place du Marché originelle jusqu’au parc Frédéric-Joliot-Curie où les Fêtes du lilas s’enchaînent depuis 2002 avec une joyeuse insouciance… jusqu’à la pandémie. Après une interruption inédite en 2020 et 2021, la 60e édition prend alors une dimension de retrouvailles pour dix-huit mille personnes qui lui démontrent toute son importance.
Après une interruption inédite en 2020 et 2021, causée par la pandémie, la 60e édition prend alors une dimension de retrouvailles pour dix-huit mille personnes qui lui démontrent toute son importance.
Chaque édition porte depuis les années quatre-vingt-dix un thème, parfois léger, parfois plus engagé : les Jeux olympiques (1992,1996, 2024), le cinéma, la libération de Paris, la victoire de 1945, la paix… L’année dernière était célébrée l’union des Vitriotes et des Vitriots qui, un siècle plus tôt, élisaient pour la première fois une majorité communiste.
Miroir des engagements de la ville, l’événement a toujours été l’occasion d’exprimer les luttes et les solidarités. Dès 1963, les mineurs grévistes du Pas-de-Calais défilaient dans le cortège. Alors, à l’heure où le monde vacille, les Fêtes du lilas apparaissent plus que jamais comme un exemple réussi de continuité et de réinvention. Une véritable tradition collective vivante, résolument tournée vers la solidarité
Kevin Gouttegata