La dictée géante : pour l’amour des mots

Mardi 31 mars, une dictée géante a réuni quatre classes du collège Jean-Perrin pour un moment qui se voulait davantage didactique que véritablement scolaire.

Publié le 07 avril 2026 Modifié le 07 avril 2026

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Dans le réfectoire du collège Jean-Perrin, les élèves sont penchés sur leur feuille, stylo à la main, silencieux et concentrés. Les quatre classes de troisième participent à « la dictée géante », une initiative proposée par Rachid Santaki, surnommé « Monsieur Dictée » pour organiser régulièrement des dictées géantes. Alors qu’il passe entre les rangées, lisant à haute voix un extrait de La Force de l’âge de Simone de Beauvoir, certains jettent un regard vers leurs voisins. Ici, pas de note, pas d’enjeu scolaire, si ce n’est l’exigence d’écouter avec attention.

« Le rapport à l’écrit se dégrade, constate l’animateur, également journaliste et auteur. Aujourd’hui, on a tellement d’outils. Les personnes âgées font aussi des messages vocaux, mais ils ont déjà le socle de l’orthographe. »

C’est la première fois que le collège propose une telle activité. « L’objectif est d’entraîner les élèves en vue du brevet », décrit Gaëlle Morel, l’une des parents d’élèves initiateurs du projet aussi décliné à Villeneuve-le-Roi. Au début de l’atelier, lorsque Rachid Santaki demande si les élèves aiment la dictée, la majorité répond non avec pour raison principale la notation. Alors, durant une heure, ils ont le droit de demander à répéter une phrase. Lors de la première lecture, certains mots, certains accords sont aussi épelés. Tout est fait pour désacraliser ce temps scolaire et « sensibiliser les élèves à l’amour des belles lettres », selon Soulaimana Mdere, principal adjoint du collège.

Pour le corps éducatif comme pour les parents, une pratique régulière de l’écriture permet de consolider l’orthographe. Les élèves eux ont apprécié ce cadre moins pesant. « J’ai trouvé la dictée assez facile », souligne Monica, qui n’a réalisé que deux fautes. La plupart en ont d’ailleurs fait moins de cinq. À l’ère de l’intelligence artificielle, apprendre à mettre ses propres mots sur ses peines, ses joies, ses exaltations et ses regrets est devenu tout aussi essentiel.

Weilian Zhu

Jamais je ne m’ennuyais : Marseille ne s’épuisait pas. Je suivais la jetée battue par l’eau et le vent, je regardais les pêcheurs, debout entre les blocs de pierre où se brisaient les lames ; je me perdais dans la tristesse des docks. Dans les vieux escaliers et les vieilles ruelles, sur les marchés aux poissons, une vie toujours neuve me remplissait les yeux et les oreilles.
J’étais contente de moi ; au jour le jour, je construisais sans secours mon bonheur. Il y avait des fins d’après-midi un peu mélancoliques, quand, au sortir du lycée, je revenais, à travers le crépuscule, vers ma chambre où rien ne m’attendait : mais je trouvais de la douceur à cette nostalgie que je n’avais jamais connue dans le brouhaha de Paris.

D’après Simone de Beauvoir, La Force de l’âge, 1960.

La dictée géante

L’initiative de dictées géantes portée par Rachid Santaki depuis 2013à Vitry et dans toute la France est partie d’un constat clair : l’orthographe et les mots qui sont des enjeux essentiels pour chacun d’entre nous peuvent être un jeu, mais surtout un moment fédérateur. À ce jour, 998 dictées ont été proposées.

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