Lassana Sarre expose au palais de Tokyo

Peintre et muraliste vitriot, Lassana Sarre développe un travail consacré aux présences discrètes ou invisibles. Invité au Palais de Tokyo, il présente aujourd'hui une fresque monumentale dédiée aux agents de sécurité du centre d'art. Rencontre.

Publié le 15 juin 2026 Modifié le 15 juin 2026

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Dans le hall du Palais de Tokyo, le peintre Lassana Sarre place les agents de sécurité au cœur d’une fresque monumentale. Un renversement des perspectives qui fait de ces présences discrètes les véritables protagonistes du lieu. Interview.

Vous représentez les agents de sécurité dans leur quotidien. Quelle réflexion est à l’origine de ce projet ?

Cette exposition est née d’une observation que je fais depuis longtemps lorsque je visite des institutions culturelles. Je remarquais très souvent la présence de gardiens de salle qui me ressemblaient de près ou de loin. Mais le projet a véritablement débuté lors d’un séjour à New York entre décembre 2023 et juin 2024. En fréquentant régulièrement le New Museum, j’ai noué des liens avec plusieurs agents de sécurité.

Leur présence silencieuse, leur connaissance intime du lieu et leur manière d’habiter l’institution m’ont profondément marqué. À partir de là, j’ai commencé à porter un regard particulier sur ces personnes que l’on croise dans tous les musées et centres d’art, dont la discrétion est souvent contractuelle mais dont le lien au lieu est fort.

Que souhaitez-vous raconter à travers cette grande fresque présentée dans le hall du Palais de Tokyo ?

Cette exposition cherche à déplacer l’attention. Habituellement, les œuvres exposées captent les regards jusqu’à invisibiliser les personnes qui les gardent. J’avais envie d’inverser cette logique et de représenter dans un immense wall painting celles et ceux qui rendent possible l’expérience du musée au quotidien.

Les rondes, les bips, les pauses déjeuner… Ces peintures murales rejouent des moments de vie qui échappent aux regards collectifs. C’est à la fois un hommage, une forme de reconnaissance et une réflexion critique sur le pouvoir de l’art de faire apparaître et disparaître.

Comment ce projet d’exposition a-t-il pu voir le jour ?

J’ai été invité par Horya Makhlouf et Hugo Vitrani, deux commissaires d’exposition engagés dans la mise en lumière de la scène émergente. Pendant plusieurs mois, j’ai donc pu passer du temps avec les équipes qui assurent la sécurité et sûreté du Palais de Tokyo.

Avec Horya Makhlouf (ndlr : co-commissaire de l’exposition Banlieues chéries au Palais de la Porte dorée), nous nous connaissions depuis quelques années déjà et avions déjà eu l’occasion de collaborer. Elle avait notamment écrit sur mon travail lors de l’exposition collective Après l’Éclipse aux Magasins Généraux, à Pantin. Au fil de nos échanges, une relation de confiance s’est construite, nourrie par des intérêts communs.

Dans cette exposition, il y a aussi une dimension très personnelle liée à la Ville de Vitry-sur-Seine, où vous avez grandi…

Je me suis imprégné du souvenir des « Papelots ». Ces immeubles vitriots aux façades de briques colorées constituent pour moi un repère visuel et affectif important. Les teintes de brique et de ciment nourrissent depuis longtemps ma palette picturale, et encore ici.

Propos recueillis par Lise Laroye

Globale Inversion Inversion de Lassana Sarre
jusqu’au 13 septembre 2026
Palais de Tokyo
13, avenue du Président Wilson – 75116 Paris