Saïd Mohamed, le goût d’entreprendre et de transmettre
Publié le 23 octobre 2026 Modifié le 23 octobre 2026
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Saïd Mohamed est un homme très sollicité.
Au sein d’EQLOSIA, espace de coworking et incubateur d’entreprises situé en plein cœur de Vitry, il distille ses conseils aux entrepreneurs en herbe. Pour celui qui a vu le jour en 1987 aux Comores, le parcours était pourtant loin d’être tracé. « Ma mère est arrivée en France la première, et je l’ai rejointe en 1994 avec mon frère et ma sœur », se remémore l’homme à l’imposante carrure.
Débute alors une histoire somme toute classique : l’installation à Ivry d’abord, puis à Vitry en 1997, la découverte de l’école et de la langue française.
« Maman parlait très bien français et on s’est vite acclimatés. Tellement qu’on en a même perdu notre langue natale, ou presque », sourit-il.
Inscrit à Makarenko, Saïd est un bon élève et rêve de devenir chirurgien, « comme dans la série Urgences ». Mais finalement, il s’oriente vers un DUT Génie électrique et informatique industrielle à Évry-Courcouronnes.
Entreprendre, aider et accompagner
Six mois plus tard, c’est la désillusion. « Je m’ennuyais parce que c’était très axé lignes de code », raconte-t-il. Le ballet des grues depuis sa fenêtre de cours lui donne une autre idée : tout plaquer pour un BTS Bâtiment à Vitry. Il n’y connaît rien, mais le secteur est porteur. « Quand un professeur a parlé de voile, j’ai pensé au vêtement et pas au fin mur de béton que ce mot désigne aussi », plaisante-t-il. Dans sa classe, il aide ses camarades « à programmer leurs calculatrices TI89 » avant les devoirs. Un geste qui, avec le recul, lui paraît prémonitoire.
« Quelque part, je construisais celui que j’allais être, un homme qui aime entreprendre mais qui aime surtout aider et accompagner. »
La chance lui sourit
Pour épauler sa mère, il arrête finalement ses études et cherche du travail. La chance lui sourit en 2010. « En allant déposer un CV à l’OPH de Vitry, le DRH passe par là, m’entend et me prend en entretien. Je n’ai pas le temps d’arriver chez moi que je reçois une réponse positive. » Il y apporte sa touche en créant une plateforme dédiée au traitement des réclamations des Vitriots, qui restera utilisée jusqu’en 2018. En parallèle, Saïd lance plusieurs entreprises, dont AFACO, spécialisée dans la rénovation énergétique. Il quitte alors son emploi pour se consacrer pleinement à l’entrepreneuriat. « On triple le chiffre d’affaires la deuxième année pour culminer à 5 millions d’euros. » Puis le Covid frappe. Le carnet de commandes diminue et l’activité ralentit. La liquidation judiciaire est prononcée en 2024. Une épreuve qui lui rappelle que « tout peut disparaître en un claquement de doigts ».
Inauguration d’Eqlosia en 2024
Mais Saïd Mohamed rebondit. En 2020, il cofonde KOMLINK, un réseau d’entreprises issues de la diaspora comorienne. Fort de ces expériences, il développe puis inaugure EQLOSIA en 2024 avec son associé, Moayad Harb, et le soutien de proches. Son objectif : accompagner ceux qui se lancent, les aider à identifier leurs secteurs, leurs prospects et à mieux gérer leur activité. « Entreprendre, c’est bien. Entredonner, c’est encore mieux », répète-t-il comme un credo. Sa structure accompagne aujourd’hui une centaine de personnes et pourrait essaimer avec de nouveaux EQLOSIA à Paris en 2027-2028. « C’est peut-être lié à mon éducation familiale ou spirituelle, ma vision du monde ou encore mon passage à l’OPH de Vitry. L’argent, c’est bien mais la vraie richesse, c’est l’entraide et le partage. »
Jérôme Robert