Tatiana Debien : une vie de lutte

Lutteuse multi-médaillée au niveau international, originaire de Russie, Tatiana Debien a posé ses valises à Vitry, où elle a établi son camp d’entraînement. Elle a surmonté bien des obstacles et ne ménage pas ses efforts pour atteindre son dernier objectif : la médaille olympique à Los Angeles en 2028.

Publié le 05 février 2026 Modifié le 09 février 2026

Temps de lecture estimé : 4 min

Neuf entraînements hebdomadaires, dont six spécifiques en lutte et trois séances physiques. Des heures passées au Fitness Park de Vitry à répéter ses gammes, user ses adversaires et son corps, pour atteindre son rêve olympique.

Sur les tapis, comme dans la vie, Tatiana Debien a toujours fait preuve d’adaptation, de résilience et de persévérance. Née en Russie, à Krasnoïarsk en Sibérie, elle grandit dans un environnement hostile. “Les températures pouvaient descendre jusqu’à -35° C en hiver, mais bon, c’était habituel, on allait quand même faire notre footing”, sourit avec nostalgie la jeune femme, dont la découverte de la lutte remonte à l’âge de 6 ans. Une discipline pratiquée depuis l’Antiquité dans laquelle Tatiana excelle jusqu’au titre de championne de Russie.

Son destin bascule à l’âge de 12 ans quand, en pleine nuit, ses parents l’emmènent avec ses trois sœurs jusqu’en France dans un exil pour leur survie.

“Nous étions une famille aisée, j’étais bonne élève, j’avais la lutte, mes amis. Du jour au lendemain je suis arrivée en France, il faisait gris, je ne parlais pas la langue. Ça a été dur, mais le sport a été un vecteur d’intégration.”

La famille va alors vivre à Metz, logée dans 12 mètres carrés, et subsiste grâce aux Restos du cœur, s’habille à Emmaüs. Les temps sont durs, mais Tatiana apprend rapidement le français, pratique d’abord le judo puis la lutte, au sein du club de Schiltigheim. Reconnue réfugiée politique en 2005, Tatiana est finalement naturalisée et intègre l’équipe de France puis l’Institut national du sport, de l’expertise et de la performance (Insep) en 2009.

“La lutte n’est pas un sport professionnel en France, donc j’ai pu lier mon projet sportif et professionnel grâce à l’Insep”, souligne celle qui a obtenu un bac S avant de devenir professeure des écoles et de finalement enseigner à l’école maternelle Éva-Salmon. Un métier à temps partiel qui ne l’empêche pas de performer. La lutteuse vitriote étoffe très tôt son palmarès et engrange des médailles européennes et mondiale, finissant même la saison 2025 numéro une mondiale de sa catégorie. Son parcours n’a, pour autant, pas été simple, entre graves blessures et échec olympique.

“Après une longue période de maternité, je me suis donnée tous les moyens pour participer aux Jeux de 2024 à domicile. Malheureusement, j’ai raté la qualification de peu. J’ai décidé de continuer et de tout mettre en place pour gagner la seule médaille qu’il me manque.”

Sur la route qui la mène à Los Angeles, Tatiana est accompagnée par un staff étoffé. Deux entraîneurs de lutte, Grégory Ferreira, également vitriot, et Christophe Clavier, un préparateur physique, Mathias Ricard, un nutritionniste, Valentin Lacroix, et un analyste de données, Mathieu Deruelle, l’aident dans sa préparation.

“Grâce à un partenariat avec Fitness Park, j’ai accès à la structure avec mes coachs et mes sparring-partners, remercie-t-elle. La ville de Vitry me soutient aussi beaucoup, notamment en me permettant des temps de récupération en balnéo au centre aquatique. Je recherche également des sponsors qui pourraient m’aider financièrement.”

Heureusement, elle peut compter sur son fils Ali, 5 ans, qui l’accompagne partout et qui n’hésite pas à motiver sa maman depuis son vélo lors de ses footings sur les bords de Seine. Un coach en herbe et une source de motivation inépuisable pour Tatiana, qui espère plus tard pouvoir “inspirer les jeunes, les femmes et les Vitriots, et les accompagner dans leur rêve de réussite, dans le sport ou par le sport”.

Portrait réalisé par Hugo Derriennic

Portrait Minute !

Avec le POMI (portrait en une minute) allons, chaque mois, plus loin dans l’intimité du portrait du mensuel. Ce mois-ci, jouons aux questions réponses avec Tatiana Debien.

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Repères

  • 1991 : Naissance en Russie, encore appelée URSS, à Krasnoïarsk
  • 2002 : Arrivée en France avant d’obtenir le statut de réfugiée politique en 2005.
  • 2007 : Obtention de la nationalité française puis intégration de l’équipe de France de lutte l’année suivante
  • 2011 : Médaille d’argent aux championnats d’Europe juniors.
  • 2022 : Arrivée à Vitry