La Seigneurie de Vitry / Le Château

Quoique appartenant en grande partie à des chapitres religieux, la terre de VITRY comptait aussi une multitude de petits seigneurs laïques, possédant quelques fiefs.

Le premier acte officiel que nous ayons pu trouver sur la Seigneurie qui nous intéresse, date du 14 juin 1656.
Le roi Louis XIV, par lettre patente, érigeait la terre d’Oncy en Châstellerie.
Le premier seigneur fut Jacques Pinon. Nous n’avons pas pu encore trouver la liaison entre ce dernier et Philippe Jacques qui décéda en 1688 et dont les héritiers vraisemblablement vendirent la Seigneurie à François Paparel.
Jusqu’à la révolution de 1789 le seigneur avait droit de justice, administrait son fief et percevait des impôts.
Après cette période, l’abolition des privilèges, transforma le seigneur en simple châtelain qui n’avait plus aucun pouvoir sur les habitants.

En 1708 Claude François PAPAREL, trésorier ordinaire des guerres et de la Gendarmerie de Louis XIV, achète aux enchères du sieur Philippe Jacques, greffier en chef du Parlement de PARIS, la seigneurie de VITRY-SUR-SEINE, à deux lieues de Paris.
Il est dommage que nous n’ayons pas pu trouver l’acte de vente aux Archives Nationales de Paris (acte notarié de Maître BELLANGER CX III du 15 décembre 1708) car il aurait pu nous éclairer sur la composition de l’ancienne terre de VITRY.
Vers 1710 PAPAREL fait construire le château. Il avait droit de fief, de haute moyenne et basse justice sur les habitants. Sur la place de l’Eglise se tenait la maison du Greffe et de la prison. La façade a été conservée lors de la restauration du quartier. L’entourage de la porte est encore visible sur la place Saint-Germain.Louis XIV décède en 1715. Le Régent, Philippe d’Orléans, trouve les caisses de l’état vides. Il demande des comptes à ses trésoriers. PAPAREL, ne pouvant justifier le déficit de sa comptabilité est mis en état d’arrestation. Des scellés sont apposées sur ses biens qui ont été saisis en 1716, à la requête du conseiller Général de la chambre des comptes, et mis en adjudication.
Son gendre, le Marquis de la Fare, capitaine des Gardes du Corps du Régent, achète la Seigneurie de VITRY le 8 septembre 1719 à Vincent LEBLANC, Grand Audiencier de France. (A.N. PARIS Maître RICHARD XXVI 331).

Nous trouvons dans cet acte une description succincte de la terre de VITRY : « Elle consiste en un château, maison seigneuriale et principal manoir du lieu, composée d’une grande porte cochère, en entrant, cour dallée et grille de fer. Le château a deux étages et comprend plusieurs chambres, cabinets d’aisance et commodités, un grenier au dessus, le tout couvert d’ardoises. Ecuries, cuisines, office à droite et à gauche plusieurs chambres. Un parc fermé par une grille de fer avec des allées ornées d’arbres et de jets d’eau. Jardin potager avec une issue sur la campagne.
Une ferme composée de basse cour, chambre, grenier, écurie, grange, étable à vaches et à porcs et d’autres bâtiments couverts de chaume et d’ardoises, avec terres, prés et autres appartenances, circonstances et dépendance de la dite terre. Droit de fief, haute, moyenne et basse justice du bourg de VITRY et des paroisses Saint-Germain et Saint Gervais Saint-Protais.»


A la mort de Vincent LEBLANC les héritiers cédèrent la terre de Vitry au Marquis Maréchal d’ALEGRE, le 8 juin 1728, pour la somme de 255 000 livres.
Dans son ouvrage sur le château de VITRY, de l’ancienne Société d’Histoire, M.FREDIX cite l’abbé VASNIER, historien local, qui pense que le Maréchal d’ALEGRE poursuivi par ses créanciers, aurait d’abord transformé les salles du château en magasin à grains et à fourrage pour les louer aux paysans de VITRY puis par la suite aurait tenté de vendre le château tout en restant Seigneur de VITRY.
Nous n’avons pu trouver de document pouvant confirmer ces faits.L’acte de vente de ses héritiers du 6 août 1735 (A.N. PARIS Maître BRICAULT II 456) à JACQUE ROBIN de la PESCHELLERIE, stipule bien que jusqu’à sa mort la seigneurie lui a bien appartenu.
Jacques ROBIN de la PESCELLERIE devient Seigneur de VITRY. Son acte de vente donne un aperçu plus détaillé de la propriété : « Un grand château neuf que le maréchal d’ALEGRE a commencé de faire bâtir et qui n’est pas encore achevé(1), actuellement principal manoir du dit VITRY. Une grande porte cochère aux cotés de laquelle sont deux pavillons couverts d’ardoises, qui servent de remises, écuries, greniers, logements de portiers et usage domestique, cour, un long bâtiment composé d’un rez de chaussée, d’un étage et d’un grenier au dessus, le tout couvert d’ardoises. Le rez de chaussée consiste en un vestibule, salon, galerie, cabinet, cuisine, eaux vives et commodités.Le 1er étage est distribué en plusieurs appartements détachés les uns des autre auxquels on communique par un corridor.
Un autre bâtiment, détaché, est en forme de salon à la Romaine et couvert d’ardoises. On y trouve le billard, un grand trumeau de plusieurs planches et tableaux encastrés dans la menuiserie du dit salon boisé.
Un grand jardin en parterres, bosquets, boullaingrains, sainfoin, terrasse, allées, jets d’eau, grand potager séparé du jardin par un mûr et une grille de fer, divisé en plusieurs quartiers, distincts des autre, par le mur formant des espaliers et des contre espaliers, arbres fruitiers, grands espaliers garnis de treillage, bassins d’eau et dans chacun et au milieu un robinet, grille de fer donnant sur la campagne, le tout clos de mûr et contenant cent arpents.
Au bout est la maison du jardinier et au delà une grande basse-cour dans laquelle est un corps de logis, grandes écuries, remise, étable à vaches et autour une ferme composée de cour, chambres et grenier, autour, d’autres bastiments, le tout couvert de tuiles et d’ardoises, fontaine où lavoir d’eau de source, avec robinets, grand colombier couvert de tuiles, grand clos fermé de murs avec espaliers à l’extrémité duquel est un petit pavillon à la moderne avec plusieurs portes de commodité, le tout contenant 92 arpents ou environ, glacière séparée des bastiments.
Les héritages appartenances et autres dépendances de la Seigneurie et Chastellenie de VITRY, et des paroisses Saint-Germain, Saint-Gervais Saint-Protais du lieu, greffe, voirie, isles en la rivière de seine, droit de passage sur la rivière de Seine au Port à l’Anglais, vis à vis de VITRY et généralement tous les autres droits et appartenances et dépendances de la terre, Seigneurie et Chastellenie de VITRY ».A la mort de Jacques ROBIN de la PESCHELLERIE son petit fils Jacques Marie de VOUGNY, ancien mousquetaire de la Garde du roi, hérite. (AN. PARIS Maître LAISNE XIV 347 du 3 avril 1753).
Il acquiert des droits importants de fiefs locaux (AN.PARIS CXII809) et traite avec la Maison Royale de St. CYR, le 6 juin 1787, qui possède sur le territoire de VITRY les fiefs de CELLER ET RIGAUD.(1)Nous ne pouvons émettre que des hypothèses sur le château neuf que le Maréchal d’ALEGRE avait commencé de faire bâtir. Ou bien, le château que PAPAREL avait construit n’était pas totalement terminé, ce qui est peu probable, car les actes de vente précédents en auraient fait état, ou bien d’ALEGRE avait commencé de faire bâtir le « Petit Château » qui ne sera achevé que plus tard et que dans sa publication sur le château, l’ancienne Société d’Histoire avait attribué à de VOUGNY.

Le 24 juin 1791 de VOUGNY cède à GASPARD Philippe PETIT du PETIT VAL la Seigneurie de VITRY (A.N.PARIS Maître CHAVALET LII645). PETIT du PETIT VAL y passe toute la terreur sans être inquiété. Le 19 avril 1796 il est assassiné dans le parc du château.
Le Comte LOUIS Nicolas DUBOIS, préfet de police de NAPOLEON 1er , s’en rend acquéreur. Pour agrandir le parc il échange un terrain qui devient le champ de repos des Vitriots, contre le cimetière de St Gervais St Protais dont l’église avait été démolie en 1789 et qui jouxtait la propriété. Il décède en 1847. Son fils, Eugène DUBOIS, conseillé d’état en hérite et meurt en 1868.
Pendant la guerre franco-allemande de 1870 une partie du château est transformée en hôpital pour les blessés du siège de PARIS et ensuite pour ceux de la commune de Paris.
Par sa fille, Blanche Antoinette Rosalie DUBOIS, la Chastellenie de VITRY, par son mariage, passe dans la famille de FADATE DE SAINT GEORGE. A sa mort, en 1901, ses cinq enfants héritent.En 1902, ils décident de vendre le château, le par cet la ferme, et créent une société civile, mandatée par M.DE RAZAY pour la recherche d’un acquéreur.
La même année, faisant état dans un courrier au Maire de VITRY ? d’une rumeur qui court dans la commune, selon laquelle le château aurait été donné par NAPOLEON 1er au compte DUBOIS, jusqu’à extinction du dernier rejeton mâle de sa famille, une demande de recherche de preuve a été faite auprès des Archives Nationales. Elle s’avéra infructueuse.Afin d’éviter la disparition du château une proposition de classement fut faite par la direction des Monuments Historiques, en 1906, sans aucune suite.

En novembre 1906, M.DERAZAY, fait une offre de vente à la municipalité de VITRY. Il céde le château et 14000 m2 de parc pour en faire la mairie. La somme avancée est de 250 000 F. Un groupe de quatre conseillers municipaux, menés par le maire, est chargé de la transformation. La somme initiale fut ramenée à 150 000 F.En vue de la transformation du château en hôtel de ville, M.CLAUDE, architecte municipal, se charge d’établir un devis. L’achat, les travaux de modification et le mobilier se chiffrent à un total de 400 000 F.

Au sein du conseil municipal deux groupes se forment : les partisans et les opposants de l’achat.Les partisans rappèlent que les concessions demandées à la famille DE FADATE DE SAINT GEORGE ont été consenties et que les conditions d’achat sont intéressantes. De plus, ce nouvel Hôtel de Ville permettrait de centraliser les services communaux. Le parc serait un merveilleux lieu de promenade pour les Vitriots.
Les opposants se refusent à voir la mairie de déplacer vers l’est de la commune et craignent l’augmentation des impôts.

Un référendum est alors proposé à la population et à lieu le 10 mai 1907.
Les partisans obtiennent : 1151 voix
Les opposants obtiennent : 1552 voix

Le 17 mai 1907 le conseil municipal, après une séance orageuse, entérine le référendum et par 12 voix contre 10 repousse le projet d’acquisition du château.
Ont votés pour : M.M. CHALLENGE ESNAULT BABE CRETTE LALOY SAVART RIVET HERAULT DELBART MATHIEU.
Ont votés contre : M.M. GRAVIER (Maire), DEFRESNE Honoré, ALFERT MISSIONNIER TIRET SEGNAULT QUIJOUX BRECHERE BOYER MANNE RAEPSAET.

Jusqu’à cette date le château est maintenu en bon état et il est inondé en 1910 lors de la crue de la seine.
Il est démoli en 1911-1912.
Ses pierres sont mises à l’encan et réutilisées dans d’autres constructions. Une partie de la façade aurait été reconstruite, côté jardin, dans un hôtel particulier parisien.
Les statues sont vendues. Le comte Robert de MONTESQUIOU achète celle de l’Ange du silence qui ornait l’allée des marronniers et la fait placer sur le tombeau qu’il se réserve dans le cimetière de Versailles.
Les boiseries et le magnifique escalier sont transportés et installés dans le château de Fleury en Bière.
La partie du bâtiment, ajoutée au XVIIIème siècle et appelée petit château, est conservée.
Entourée d’un petit parc délimité par les rues D.Casanova, du par cet Guy Moquet ce petit château est habité jusqu’en 1930, date à laquelle il est acheté par la municipalité et démoli. A sa place ont été construits les bains douches municipaux qui ont été eux-même transformés en galerie municipales pour des expositions.

Quand au grand parc, il a été vendu en lotissements à partir de 4F le m2.
Ainsi la seigneurie et Chastellenie de VITRY-SUR-SEINE n’est plus qu’un souvenir.
PIGANIOL de la FORCE écrivait dans « Paris et ses environs en 1765 » (Archives Départementales de Créteil A 576 page 514) :
« La maison a été bâtie par M/PAPAREL. Elle est la plus belle de ce village. Elle est toute riante et le jardin est d’une grande propreté. Sa situation, dans un fond et sans vue, la rend désagréable et fait connaître le peu de goût de celui qui l’a fait construire. L’église en est très ancienne puisque l’on voit, à côté de la porte d’entrée, une épitaphe, adossée au mur, en lettre gothiques du XIIIème siècle. Un dauphin de France y a été élevé, ses armoiries se voient encore dans le chevet de la dite église. (1)
Le château a de la grandeur et de la beauté. Son avant corps est orné d’architecture et de statues. Toutes la partie de jardin à droite est de LENOTRE et est dessinée avant grand art. (2).»
(1) Il se peut que la dite église soit celle de St. Gervais St Protais, démolie en 1789, qui jouxtait le parc du château.
(2) LE NOTRE ne peut avoir dessiné le jardin puisqu’il est mort en 1700.

Seul vestige de ce passé, la grille qui se trouvait au bout de l ‘allée des marronniers existe encore. Elle se trouve en bout de la place des Martyres de la Déportation et vient d’être restaurée.
Malgré cela il est intéressant d’en connaître les paysages. Deux pavillons délicats encadraient la porte. A l’intérieur, leurs façades s’infléchissaient pour former l’entrée d’une cour circulaire. Séparée par une seconde grille s’ouvrait une autre cour où s’élevait la façade du château. La bâtisse avait un rez de chaussée et un étage surmonté d’une terrasse à l’italienne. Un comble à lucarnes dominait la partie centrale du bâtiment. Le décor était sobre. De fins mascarons ornaient les clés des fenêtres du rez de chaussée. Du côté jardin la façade présentait des mouvements un peu plus accusés. Au milieu, quatre pilastres formaient un portique dont la corniche supportait les statues des quatre saisons. Le château avait, en façade, quinze fenêtres par étages. Ses proportions étaient d’une justesse merveilleuses. Ajoutez à cette beauté, créé par le talent de l’artiste, le pittoresque des arbres qui encadraient la maison et à travers desquels on apercevait le clocher de la vielle église de VITRY. Dans le courant du XVIIIëme siècle, une aile plus basse que le corps de logis principal et de pur style Louis XVI, était ajouté. Cette addition, faite pour les commodités de l’habitation, mais avec quel goût !, était bâtie en arrière du château. Du parc, on la soupçonnait à peine. Dans la cour d’entrée ses lignes se confondaient avec celles de la grande construction. Un parc immense déroulait ses allées droites ou sinueuses entre des bosquets d’arbres séculaires peuplés de statues aux formes graciles.
Caractéristique de l’époque, des fontaines aux étranges mascarons de déversaient dans des ruisseaux qui allaient former un lac au milieu duquel se dressait une île à l’anglaise. Des grottes rustiques offraient leur fraîcheur aux promeneurs en été et tout au bout, à gauche, le mur d’enceinte était dominé par un belvédère, pavillon en ronde, orné de peintures qui se reflétaient dans les glaces du plafond.
A droite du château une large avenue conduisait directement du pied de la maison à la grille, en face de l’église. De cette même avenue, et parallèle au mur de clôture, elle suivait jusqu’au bout une magnifique allée, bordée de marronniers très beaux et très forts, et menait à une petite place, « place du petit VITRY », devant un pavillon, appelé l’Ermitage, près duquel était une grille semblable à celle qui s’élevait devant l’église.
Seul vestige de ce passé, cette grille encore visible, place des Martyrs de la déportation, anciennement place du petit VITRY.

Jusqu’au XVIIIème siècle cet immense parc était délimité par nos actuelles rues Jean Jaurès (ancienne rue de Seine) Gabriel Péri (ancienne voie du Chevaleret) Camille Groult (ancienne rue d’Oncy) 18 Juin 1940 (ancienne rue Neuve du petit VITRY puis rue Charpentier) et enfin, place des Martyrs de la Déportation (ancienne place du petit VITRY).
A cette époque les jardins, à la française, s’étendaient du château aux environs de l’actuelle rue Gounot, avec pour limites à l’est, l’avenue Maginot et à l’ouest une ligne imaginaire allant de notre ancienne poste, place du marché à l’église, à la place des Martyrs de la Déportation. Le reste du parc était un immense potager. Des serres s ‘étendaient entre les actuelles rues Gounot et Camille Groult.
Ce cadre changea vers 1780 où serres et potagers furent réunis en un immense parc qui ne sera achevé qu’en 1810 et malheureusement loti à partir de 1903.

Bulletin de la société d'Histoire de Vitry-sur-Seine
octobre 1987, pages 2 à 14.

Page publiée le 15 mars 2010 - Mise à jour le 23 février 2017

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