Que serait Vitry sans ses ponts ?

En bord de fleuve, traversée par une voie ferrée, Vitry s’est construite avec ces lignes de démarcation. Son histoire est ainsi intimement liée à celle de ses ponts. Dernier en date, le pont-paysage Niki-de-Saint-Phalle, au pied de la nouvelle gare des Ardoines.

Publié le 26 octobre 2026 Modifié le 26 octobre 2026

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Le pont du Port-à-l’Anglais

Des voyageurs, du bétail, des marchandises… On trouvait tout cela, sur les embarcations qui franchirent longtemps la Seine depuis Vitry. Jusqu’au XIXe siècle, sur 40 kilomètres entre Paris et Corbeil, aucun pont en vue ! C’est donc sur l’eau que se faisait la traversée, avec plusieurs liaisons quotidiennes depuis le Port-à-l’Anglais, où un port a été créé dès le XIIIe siècle par la famille Langlois (qui lui donna son nom, aujourd’hui déformé).

En 1811, Choisy est dotée. À Vitry, il faudra attendre encore un siècle. Pendant ce temps, des travaux impériaux rendent la Seine navigable toute l’année en amont de Paris. Une écluse et un barrage sont réalisés au niveau du Port-à-l’Anglais, puis une deuxième écluse. Mais d’Ivry à Choisy, on réclame la construction d’un nouveau pont !

En 1896, l’administration élabore un projet de pont métallique cantilever (poutres en porte-à-faux) entre Vitry et Alfortville, en aval de l’écluse. Faute de financement, cela n’aboutit pas. Finalement, en 1912, les pouvoirs publics lancent un concours auprès des constructeurs.

Un pont de 250 mètres entre Vitry et Alfortville

Le projet choisi sera celui des établissements Arnodin, sur une autre solution technique : le système Gisclard, du nom de son inventeur, avec non pas des poutres, mais des câbles reliés par des pièces de fonderie. Le pont de 250 mètres est positionné en amont de l’écluse, niveau Alfortville.

À peine lancée, la construction est interrompue par la Première Guerre mondiale. Elle reprend en 1921 pour s’achever en 1928. L’ouvrage monumental peut s’admirer aujourd’hui depuis les promenades aménagées sur les rives. Emprunté par des voitures, bus, vélos, piétons, il constitue un point important de franchissement du fleuve.

Si ce fleuve est une ligne de démarcation naturelle, Vitry en connaît une deuxième, de réalisation humaine : le chemin de fer. À partir de 1840, il traverse la ville pour relier Paris et Orléans, sans arrêt au départ puis avec une desserte. De fait, il coupe la ville en deux.

Quand se développent les tramways, d’abord à cheval puis électrifiés, vers la capitale, le centre-ville ne peut être desservi. Les tramways sont cantonnés à l’est des rails, freinés par le passage à niveau.

En 1903, on creuse un passage sous les rails avenue du Chemin-de-Fer, l’actuelle avenue Paul-Vaillant-Couturier : le tramway ira désormais jusqu’à l’église Saint-Germain ! Un pas de plus dans le rapprochement entre les deux pôles historiques de Vitry, le Port-à-l’Anglais et le bourg.

Le pont des Fusillés, passeur de mémoire

Un autre pont enjambe également le chemin de fer plus au sud, suite à une délibération du conseil municipal en 1839 réclamant « un passage libre et au-dessus, au moyen d’un pont », afin de ne pas entraver notamment le travail des agriculteurs. Il est d’abord nommé Mazagran, probablement en référence au nom de la ville algérienne où les Français remportèrent une bataille coloniale en 1840.

Un siècle plus tard, son histoire va rejoindre celle de la Seconde Guerre mondiale et de la Libération. En août 1944, dans la foulée du débarquement allié, une insurrection contre les Allemands est lancée en région parisienne. Barricades, grèves, sabotages… la pression monte à Vitry.

Le 19 août, le comité de libération prend possession de la mairie. En représailles, six cheminots résistants sont interceptés le lendemain par une troupe allemande au pont Mazagran, et y sont fusillés.

Le 26 avril 1945, le conseil municipal le renomme pont des Fusillés en leur hommage. « Quarante ans après, nous sommes restés fidèles au souvenir de ces jeunes hommes dont l’un avait juste 16 ans », déclara le maire, Paul Mercieca, lors de l’inauguration, en 1984, d’un nouveau monument commémoratif, à l’angle de la rue Jean-Pierre-Timbaud et de l’avenue du Groupe-Manouchian.

Désenclaver les Ardoines

Encore plus au sud, de nos jours. Là, les Ardoines, quartier historiquement industriel, sont en plein réaménagement. Un nouveau pont enjambe les rails et le technicentre SNCF, le pont paysager Niki de Saint Phalle.

Long de 300 mètres, il relie la rue Léon-Mauvais, à l’est des rails, à la rue Léon-Geffroy, au pied de la future gare du Grand Paris Express. Large de 29 mètres, il est destiné aux véhicules comme aux piétons (habitantes et habitants, travailleurs…), et possède une particularité : c’est un pont paysager, planté.

Et ce n’est pas tout. Ce pont pourrait bientôt être prolongé, au niveau de la rue Léon-Mauvais, par un nouveau pont sur la Seine, vers Alfortville. La ville étudie et défend ce projet depuis plusieurs années.

Pour mieux connecter le quartier d’une part, et aussi pour désengorger la circulation sur le pont du Port-à-l’Anglais qui, bientôt cent ans après sa création, sature !

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