Confinés et exclus du numérique

Publiée le 20 mai 2020 - Mise à jour le 20 mai 2020

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Confinés 55 jours avec peu ou pas d'outils numériques à la maison ou de connaissances du fonctionnement d'Internet, comment ces Vitriots ont-ils vécu la période ?

Manque de moyens pour s'équiper et de connaissances

Yamina Boussetha, 63 ans, habitante du Centre-ville, n'a pas Internet, pas d'ordinateur car elle doit payer le crédit de son petit studio qu'elle habite depuis peu. “Je ne connais pas les voisins, je n'ai pas la télé, je n'ai que la radio.” La technicienne en recherche médicale, au chômage partiel, déplore son isolement : elle “s'est confinée H24” pendant 20 jours. “Je n'avais aucune information, explique-t-elle. Je ne savais pas où avoir la feuille d'attestation pour sortir.” Finalement, son voisin, équipé d'une imprimante, la lui a donnée. Coupée du monde, cette fan d'Internet ronge son frein et rêve de surfer à nouveau sur le Web… à la bibliothèque municipale Nelson-Mandela. “Sans Internet je me sens perdue, déboussolée, confie-t-elle. J'aime chercher devant l'écran, m'informer sur l'international, la France. Là, je ne peux rien lire sur le covid 19, ça me manque.” Internet l'a fait évoluer professionnellement. En 2018, elle a changé de grade en travaillant à distance sur la culture cellulaire et est devenue technicienne de recherche.

Maryam Aboussou, 20 ans, du Coteau/Malassis, étudiante en DUT carrière sociale, a également rencontré un problème matériel. L'ordinateur de la maison, plus ou moins partagé avec ses parents, retraité et technicienne de surface, et ses frères et sœurs, était en panne depuis cinq mois. “Pour faire mes DM [devoir à la maison] et écrire mon mémoire, c'était vraiment pas confortable. Pendant 3 semaines j'ai dû me débrouiller avec le téléphone, raconte-t-elle. Je ne parvenais pas à y télécharger les applications de traitement de texte et j'étais interrompue par les notifications. C'était long et compliqué et, d'ailleurs, les professeurs avaient accepté de me laisser plus de temps. Mais investir dans un ordi portable, ce n'était pas possible, dit-elle catégorique, même si après le confinement, j'irai voir les prix.” Heureusement, Maryam a appris que la direction municipale de la Jeunesse faisait le lien avec les jeunes en besoin et le PôleS (l'École du Web) qui, fermé, se proposait de prêter ses ordinateurs momentanément inutilisés. “C'est vraiment bien que la ville s'occupe de sa jeunesse, s'exclame-t-elle. C'est surtout dans ces moments qu'on voit qu'elle est présente pour nous et aussi les associations qui aident les habitants.”

Annie Pierret Sautreuil, 69 ans, habitante de Vitry-sud/Ardoines, n'a pas vraiment de frustration. Internet ne lui manque pas vraiment. “Si j'avais de l'argent, appuie-t-elle, je préférais faire un petit voyage plutôt que d'acheter un ordinateur. Moi, c'est pas dans mon ADN de rester assis. J'aime faire du sport, bouger.” Annie a cependant pris quelques séances de formation sur tablette avec le centre social Balzac, et reconnaît à “la Toile” des qualités. “Mes petits-enfants dans l'Essonne que je vois chaque semaine me manquent beaucoup et, dans cette situation, si je les voyais en vidéo par Internet ce serait bien. Et puis les démarches administratives deviennent difficiles sans. Ce n'est pas dit que je ne m'y mette pas un jour.”

Des formations pour tenter d'apprivoiser l'outil

Houria Hadj, 58 ans, ancienne caissière qui vit seule au Moulin-Vert, parle de ses grandes difficultés avec tension. Elle a pourtant tenté d'y remédier avec des cours à la bibliothèque municipale. “Même si on a fait une formation, comme on n'a pas d'ordinateur, on oublie et on est obligé de resolliciter la formatrice de la bibliothèque pour savoir comment on ouvre, comment on ferme... C'est très gênant quand on est complètement largué avec les systèmes informatiques.” Pour Houria, envoyer un mail peut nécessiter des heures, et prendre rendez-vous à la Sécurité sociale, quasi indispensable par Internet en ces temps de distanciation sociale, devient une torture.

Wafa, 46 ans, mère de trois enfants, habitante du quartier Paul-Froment/8-Mai-1945, estime que “l'informatique est très importante pour communiquer”. En attendant, elle sait juste l'utiliser pour envoyer un mot sur Pronote aux professeurs de son fils en 6e. Une connaissance acquise grâce à la formation financée par le conseil départemental du Val-de-Marne dans le cadre de l'opération Ordival, délivrée par les médiateurs de l'Exploradôme (l'Ordival est l'ordinateur fourni aux collégiens par le conseil départemental à leur entrée en 6e). Mais ce qui l'inquiète toujours, ce sont les démarches administratives. “Par exemple, déclarer ses revenus pour les impôts est un problème. Pour les personnes seules, en confinement qui, tout d'un coup, devaient tout savoir, ça devait être très difficile.”

Jean-Louis Falencourt, 74 ans, habitant du Centre-ville, ancien conducteur de bus, apprécie le confort procuré par Internet. Assez rapidement autonome, ce dont il est très fier, il a cependant loupé sa 2e formation Internet sur tablette, pilotée par le service municipal Vie sociale et accueil des retraités, assurée par l'association Delta7. Elle lui est passée sous le nez juste pendant le confinement. Heureusement, sa 1re formation avait dégourdi et mis en confiance cet aventurier. Obstiné, il avait “bien transpiré avant de se mettre à surfer avec aisance” et se souvient avoir passé une nuit blanche à tenter de débloquer son ordinateur qu'il avait fini par débrancher pour tout  recommencer à zéro. Depuis peu, il utilise même WhatsApp. “Je reçois plusieurs messages par jour, explique-t-il, je vois ma petite fille régulièrement, c'est bien quand-même ! Bien sûr, il a fallu savoir où aller pour avoir la caméra, le son et retransmettre un message reçu... mais ça, je l'ai appris en tâtonnant.”

Gwénaël le Morzellec
 

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