Une centrale hydroélectrique au Port-à-l'Anglais

Publiée le 17 juillet 2020 - Mise à jour le 17 juillet 2020

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La Seine, à Vitry, pourrait bientôt produire de l'électricité. Un projet de micro-centrale hydroélectrique, installée sur le barrage du Port-à-l'Anglais, est sur le point d'aboutir. Les habitants de Vitry et d'Alfortville sont invités à donner leur avis, jusqu'au 29 juillet.

La Seine, une énergie renouvelable abondante

En 2016, l'Etat lançait un appel d'offre pour développer l'énergie hydraulique, qui ne représente aujourd'hui que 11% de l'énergie globale produite en France. Quadran, la filière “verte” de Total, et VNF les Voies navigables de France s'associent alors pour imaginer 9 centrales sur la Seine et la Marne. Le barrage du Port-à-l'Anglais fait partie de la liste. L'idée est d'y installer trois turbines immergées, du coté d'Alfortville, une passe à poisson, un portique pour la manutention et, sur le terre-plein de l'écluse rive droite, qui restera fonctionnelle, un local de maintenance de 80m2.

“La Seine est l’un des derniers fleuves français à être encore sous-exploité”, explique Thibaut da Soller, chef des projets hydroélectriques de Total-Quadran. “L’énergie d’un fleuve est renouvelable et abondante, et elle a besoin d’une chute d’eau pour être exploité efficacement. Il est donc très pertinent de produire de l’électricité d’origine renouvelable lorsque le barrage est existant comme au Port à l’Anglais.”

Depuis la fin du mois de juin, une enquête publique est ouverte pour permettre aux habitants de poser leurs questions sur le projet. Aurélie Ingrand, commissaire enquêteur, tiendra une permanence à la mairie de Vitry le 21 juillet. Une dernière rencontre aura lieu à Alfortville le 29 juillet.

Au terme de la procédure, le préfet du Val-de-Marne pourra signer l'arrêté d'autorisation.
 

Permanence du commissaire enquêteur ouverte au public :
Vitry-sur-Seine - mardi 21 juillet 2020 de 13h30 à 16h30
Mairie de Vitry-Sur-Seine au 2 avenue Youri Gagarine, salle 1 RDC derrière l'accueil
Rencontre :
Alfortville
- mercredi 29 juillet 2020 de 13h30 à 16h30
Centre Technique Municipal situé 3 rue du Capitaine Alfred Dreyfus
Consultez le dossier d'enquête
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Sur le papier, le projet est intéressant, il permet de produire de l'énergie verte, mais quelles seront les impacts du chantier pour les riverains, la faune et la flore du fleuve ?

Un chantier de 13 mois

C'est au cours des travaux, qui doivent durer au moins un an, que les nuisances risquent d'être les plus importantes : le bruit du chantier, les allers et venues des camions... Il va d'abord falloir curer le cour d'eau 70 mètres en amont de l'ouvrage et extraire 500m3 de sédiments, qui renferment peut-être des métaux lourds au dessus des seuils autorisés (hydrocarbures, plomb ou zinc notamment). La zone de chantier sera totalement étanche du reste du fleuve et les gravats stockés à part. Trois turbines Kaplan à hélices seront ensuite installées dans la chute d'eau du barrage pour créer de l'énergie mécanique transformée en électricité, à terre. Aurélie Ingrand, commissaire enquêteur, note que le local qui abritera la machinerie a été pensé “pour s'intégrer au paysage existant. Il est moins haut, moins volumineux que le bâtiment de surveillance existant pour le barrage, et reprendra ses couleurs”.

La centrale en chiffres
Coût des travaux : 8,6 millions d'euros
Coût de l'exploitation annuelle 360.000 euros
Production d'électricité : 12,5 MWh soit la consommation d'une ville de 10.500 habitants (hors chauffage et eau chaude sanitaire)
Calendrier théorique des travaux : avril 2021-mai 2022

Une fois le chantier terminé, les turbines immergées ne doivent pas faire de bruit : de l'ordre de “50 décibels, soit le niveau sonore normal d'une conversation”, indique l'étude d'impact.

Respecter l'équilibre des lieux

L'agence française de la biodiversité a également épluché le dossier, car la micro-centrale ne doit pas bouleverser l'équilibre fragile des lieux. Le calendrier des travaux, en théorie à partir du mois d'avril 2021, doit respecter les périodes de reproduction des espèces. Il évite aussi un démarrage du chantier en hiver, quand la Seine risque d'être en crue. Mais l'AFB avait au départ rendu un avis défavorable au projet. La passe à poisson, par exemple, ne présentait pas les bonnes dimensions. Anguilles et aloses, qui frayent dans le secteur, n'auraient pas pu la franchir. Au moment des travaux, les oiseaux qui nichent sur les rives risquent d'être dérangés : parmi eux trois espèces sont protégées : le martin pêcheur, le faucon pèlerin, et le sterne pierregarin. L'agence note aussi que les lézards des murailles pourraient souffrir de la destruction de la berge et qu'un bel arbre devra être sacrifié. Les porteurs du projet ont semble-t-il modifié suffisamment leurs plans pour désormais obtenir l'aval de l'Agence.

Une énergie verte locale réinjectée sur le réseau

Quid des communes, enfin ? La micro-centrale étant installée rive droite, seule Alfortville en tirera des bénéfices : la création d'un emploi local pour le gardiennage et la maintenance de l'ouvrage, plus les impôts locaux et taxes habituels. Les trois turbines produiront “jusqu’à 12,5 MWh/an”, précise Thibaut Da Soller, le chef des projets hydroélectriques pour Total Quadran. “Soit l’équivalent en consommation spécifique, hors chauffage et eau chaude sanitaire, d’une ville de 10.500 habitants”. Pour inciter le développement de ces énergies renouvelables, l'Etat garantit le prix de cette électricité à l'achat, VNF et Quadran se partageront le chiffre d'affaires. Malheureusement, cette électricité verte et locale, réinjectée sur le réseau Enedis classique, ne sera pas moins chère pour les habitants d'Alfortville et de Vitry-sur-Seine.

Lucie Darbois

 

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