Mur/Murs 2020 : Mémoire de charbon, le temps retrouvé

Publiée le 01 octobre 2020 - Mise à jour le 01 octobre 2020

Edwine Fournier codirige la compagnie Tangible - © Sylvain Lefeuvre

En résidence sur le site de l'ancienne centrale EDF, dans le futur quartier transformé des Ardoines, la compagnie Tangible embarque les visiteurs, les 10 et 11 octobre, pour 1h30 d'un parcours saisissant et émouvant entre expérience sonore, visuelle, corporelle et même gustative ! Rencontre avec Edwine Fournier, chorégraphe danseuse.

Avec Sébastien Molliex avec lequel Edwine Fournier codirige la compagnie, ils ont inventé l'archéographie, une discipline qui accompagne l'exploration technique, historique, sociale et scientifique d'un lieu en reconversion par des créations artistiques.  

Pourquoi avez-vous choisi la salle Marcel-Paul pour le Festival Mur/Murs ?

Nous avons souhaité honorer  la salle Marcel-Paul, lieu de convivialité emblématique de l'histoire de la centrale. Elle accueillait des événements de vie et de fête des anciens salariés, mais aussi des moments plus difficiles de réunions syndicales lors des actions de lutte. C'est donc une salle pivot de l’histoire salariale et syndicale, et nous voulions mettre en place une forme de rituel de passage de la fin de cette histoire-là, lui offrir une visibilité avec ce qu'elle porte d'histoire, avant qu'elle ne trouve un nouvel usage. Deux objets ont été sortis du démantèlement et placés sur l'espace Marcel-Paul : une roue-pelle (pour charrier le charbon) et une section d'un convoyeur de 10 mètres de long.

Comment se déroule le parcours ?

La déambulation commence par un duo chorégraphique avec la roue-pelle, accompagnée d'une voix off qui témoigne de l'histoire de la centrale et de ce site industriel. Ensuite, nous traversons la section du  convoyeur dans laquelle nous avons composé avec les anciens salariés une nouvelle fresque avec des images d'archives. Puis nous rentrons dans la salle Marcel-Paul, où le visiteur découvre deux films documentaires qui retracent les rituels de passation, dont le legs des bleus de travail des salariés. À l'appui de la scénographie, il y a aussi un tableau de commande de la centrale que nous avons transformé en objet de diffusion vidéo. Enfin, nous montons sur le toit avec vue sur la centrale, et là nous assistons à un geste performatif culinaire avec la dégustation de mets plutôt originaux sur le thème de la mémoire du charbon. Les recettes, créées par un cuisinier professionnel, ont été cuisinées dans des moules en faïence, fabriqués à partir d'outils de la centrale que nous avons récupérés (clefs géantes, clefs à pic, à molette..) et préparées avec des anciens salariés au cours de deux ateliers. Le service devrait d'ailleurs être assuré par leurs soins.

Quand s'achève votre résidence à la centrale EDF de Vitry-sur-Seine ?

Normalement, la résidence devait se clore cet automne, mais à cause de la crise sanitaire, EDF a dû annuler tous ses événements jusqu'en décembre 2020, ce qui nous a amené à inventer autre chose et à faire le choix, avec nos partenaires (EDF, l'aménageur et la ville), de reporter notre parcours final dans le bloc usine en juin 2021. Et, paradoxalement, cela nous laisse plus de temps car nous arrivions à une nouvelle strate de notre projet, celle de la « dimension du vivant », c'est-à-dire la manière dont la faune et la flore parviennent à accompagner un démantèlement plus symbolique de la centrale. Nous menons un travail  avec des chercheurs (notamment du Muséum d'histoire naturelle), pour mettre en place plastiquement et scientifiquement les éléments qui vont nous permettre de transmettre au public cette recherche spécifique. Or, les chercheurs ne peuvent plus rentrer sur site depuis le confinement de mars 2020. Nous travaillons avec eux sur les araignées et sur les enjeux de végétalisation par la mousse du métal. L'idée étant de porter un autre regard sur la biodiversité. Par exemple, nous n'avons pas pu ensemencer une partie des boulets (chacun 800 kg) mais nous avons pu sortir ceux sur lesquels nous allons laisser agir la nature. Au final cela nous laisse donc un peu plus de temps...

Qu'est-ce que ce projet vous apporte ?

Le projet de la centrale rassemble une quantité importante de strates humaines, d'enjeux sociaux, environnementaux auxquels s'ajoute cet aspect primordial pour l'archéographie de passé/présent/futur. C'est donc une qualité de projet qui est totale où tout peut se rassembler. Nous nous y sommes engagés totalement. Rester sur un même lieu permet de se déployer, de s'étoffer d'avoir une narration qui a de plus en plus de profondeur de champs. C'est aussi la vocation de Tangible, celle d'avoir de plus en plus de temps, de liens qui se tissent et de visibilité. On a la chance de travailler avec des partenaires pour qui la question du futur est primordiale. Que va-t-il y avoir après ? Quelle nouvelle énergie ? Comment les habitants peuvent être concernés par la suite ? On ne fait que passer, mais notre travail s'inscrit dans une dimension plus large.

Propos recueillis par Sylvaine Jeminet

Mur/Murs 2020 : Point de vue# - Mémoire de charbon
Samedi 10 octobre : 18h - Dimanche 11 octobre : 11h
Espace Marcel-Paul
Gratuit sur réservation
Tout public

 

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