Vitry met à l'honneur "le camp de la paix" en Palestine

Publiée le 25 mai 2021 - Mise à jour le 28 mai 2021

© Sylvain Lefeuvre

Alors qu’un cessez-le-feu avait été instauré vendredi dernier, mettant fin aux bombardements israéliens sur Gaza, la municipalité organisait une soirée de solidarité en présence de nombreux Vitriots et de plusieurs invités palestiniens et israéliens connectés à distance. Retour sur cette soirée chargée d’émotions et de communion.

Depuis les quartiers de Jérusalem, de Jéricho et de Haïfa, ils ont témoigné. Salem Ghrouf, maire de Jéricho, et 3 autres militants pacifistes – les palestiniens Muna Elkurd et Adam Haj Yahia, avec l’israélien Carmel Givon – ont, durant deux heures, raconté la brutalité du conflit, la réalité de l’occupation et de l’expropriation, la violence des répressions aux nombreux Vitriots venus les écouter, depuis la salle du conseil municipal. Avec l’aide d’un traducteur dévoué, l’ensemble des échanges a été traduit en direct, en arabe ou en français. Dominique Vidal, journaliste français, spécialiste du Proche Orient, s'est livré à une analyse de la situation actuelle révélatrice, selon lui, des faiblesses de l'État israélien qui fait la guerre sans jamais réussir à amoindrir la force de la mobilisation palestinienne. Bien au contraire.

Des visages familiers

Cette  soirée spéciale s’imposait tant les liens entre Vitry et la Palestine se tissent depuis des années. Le maire l’a rappelé : la ville accueille des enfants palestiniens pour des séjours estivaux à la découverte de Vitry, Paris et du Vercors. Certains d’entre eux étaient même présents, installés sagement derrière le maire de Jéricho. Parmi eux : Hala, 10 ans, a pris la parole, tout sourire, pour exprimer sa gratitude face à la mobilisation mise en place "partout dans le monde" et face à "tous ces gens qui pensent à nous".  Des  jeunes Vitriots qui se sont rendus en Palestine en 2019 étaient là, eux aussi. L’un d’eux, Ashraf, accompagné de Toufiq, a rappelé la violence quotidienne endurée par les Palestiniens, qui l'avait tant marquée.

"Sachez que chaque homme qui s’est rendu en Palestine en est revenu changé", a-t-il déclaré, sous les yeux des invités d'honneur. 

Lutter contre l’expropriation

Ils ont offert des témoignages précieux. En direct depuis Sheikh Jarrah à Jérusalem-est, Muna Elkurd a raconté le quotidien de ce quartier arabe où 28 familles palestiniennes sont menacées d’expulsion par la justice israélienne. 

"Ces familles s’y sont installées depuis 1972 sur la base d’un accord passé entre les Nations Unies et la Jordanie qui gérait à l’époque les affaires de Jérusalem-est, a-t-elle expliqué. Neuf familles ont déjà été expulsées avec l’aval de l’institution judiciaire israélienne. Nous montons la garde devant les maisons concernées en restant pacifiques, quoiqu’il arrive, pour protéger nos droits, tandis que le quartier est intégralement bouclé par l’armée israélienne."

La répréssion des manifestations

Adam Haj Yahia, Palestinien, habitant la ville mixte de Haïfa sur la côté ouest, a, lui, raconté les manifestations pacifistes organisées depuis plusieurs jours contre les bombardements à Gaza, mortellement réprimées par la police. Seize jeunes ont été tués. 

"Des Israéliens de droite et d’extrême droite, armés, ont rejoint la police pour nous attaquer lors de la dernière manifestation qui a dû être annulée", a raconté le jeune activiste, qui a pourtant insisté sur ce combat pour la paix mené main dans la main avec des Israéliens pacifistes.

Un combat de tous les pacifistes

À l’instar de Carmel Givon, Israélien de 20 ans, fondateur de l’association "Standing Together" (Tous debout), qui rassemble Juifs et Arabes militant pour l’égalité entre Israéliens et Palestiniens.

"La paix et l’égalité sont un intérêt commun pour tous les habitants du territoire, a affirmé le jeune homme. La fin des bombardements n’est que le début des changements que nous réclamons, nous ne pouvons nous satisfaire d’un retour à la normale quand le normal ici est anormal."

Nombreux sont les Vitriots de tout âge ayant répondu présent. "C’était l’occasion d’avoir des témoignages directs des personnes sur le terrain, indépendamment des médias parfois partiaux et  trompeurs", expliquait Madi, au sortir de la salle. "Cela donne une visibilité importante aux activistes sur le terrain grâce à YouTube", fait remarquer Ouarda. Mounina, venue de Grigny, a fait le déplacement pour pouvoir échanger dans un cadre sécurisé. "Cette soirée, c'était la preuve que personne ne veut la guerre, Juifs et Arabes peuvent vivre ensemble." 

Car malgré la dureté de la réalité racontée, ces témoignages étaient porteurs d’espoir. Ils ont donné à voir "le camp de la paix, le camp de ceux qui demandent la justice et la solidarité", selon les termes du maire. "Le camp de la paix qui renversera le camps de la force." Symbole de l'engagement porté par la ville pour le droit de tous les peuples à disposer d'eux-mêmes, un voeu d'urgence a été adopté à la majorité le 19 mai en solidarité avec la Palestine. Le conseil municipal y interpelle le président Emmanuel Macron et demande à l'État français de "tout mettre en œuvre pour faire respecter le droit international". Les conseillers municipaux expriment leur espoir partagé de voir une médiation internationale se mettre en place pour permettre le règlement de ce conflit à travers la création de deux États sous l'égide des Nations Unies. 

  

Retrouver la soirée en intégralité. 

 

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