Réforme des retraites : piquets évacués à Pizzorno et au dépôt de bus RATP

Publiée le 16 mars 2023 - Mise à jour le 24 mars 2023

© Gwénaël le Morzellec

Le blocage des camions-poubelles dans leur parking a cédé ce matin à 10 h 23 devant l'autorité des CRS qui ont fait usage de la force face aux éboueurs grévistes de Pizzorno environnement depuis le 7 mars et leurs soutiens, au Port-à-l’Anglais. À l’aube, un blocage surprise du dépôt RATP et du T9, qui a duré une heure, a également été réprimé.

Les camions-poubelles bloqués par la grève ont pu quitter, par la force, le parking de Pizzorno environnement au Port-à-l’Anglais, ce jeudi en milieu de matinée.

Par la force

Les éboueurs, en grève depuis le 7 mars pour améliorer leur salaire et contre la réforme des retraites qui les oblige à travailler jusqu'à 64 ans, entourés de près de 300 personnes venues les soutenir, dont certaines finissent leur tour de nuit, ont dû se confronter aux forces de l’ordre suite à une ordonnance d’évacuation. À l’aube, déjà, était démantelé, boulevard de Stalingrad, le blocage éclair au dépôt de bus RATP mené par la CGT RATP, soutenu notamment par le maire, Pierre Bell-Lloch, présent. Ce blocage était parvenu à mettre brièvement le T9 à l'arrêt.

À 9 h 50, le bout de la rue Berty-Albrecht où est implanté le site Pizzorno est le point de résistance emblématique. Sous les fenêtres du collège Audun, pavoisent la CGT et FSU, près des barnums prêtés par la mairie.

« On ne recule pas, on tient notre ligne »

Alors que la fumée des braseros de la nuit et la forte sono des musiques de lutte flottent dans l’air, alors qu’enseignants en appui, étudiants venus nombreux, syndiqués de communes proches et même du Loiret s’apprêtent à repousser l’intervention annoncée pour 10 heures, les rangs se resserrent. « On ne recule pas, on tient notre ligne », crie le responsable de l’UL CGT.

Député·e·s, adjoint·e·s au maire, élu·e·s locaux·ales, syndicalistes en tête, soutiens aux cheveux blancs et jeunes plus hirsutes, enseignants du lycée Macé bloqué et en grève se prennent par la main, coudes serrés, et forment une épaisse chaîne humaine devant la grille du parking Pizzorno. Les plus solides, masqués et lunettés, barrent la rue réduite par des garde-fous en béton tout juste basculés. Quand finalement les CRS approchent en rang, un tambour bat la mesure des slogans et des chansons. « On lâche rien... », « On est là pour l’honneur des travailleurs, un monde meilleur, même si Macron ne le veut pas ! » « Injustice partout, police partout ! »

Contact, pression, on se repousse, gazeuses manuelles vite actionnées, puis bombes lacrymogènes lâchées… Les alarmes de marche arrière des camions-poubelles dans le parking retentissent déjà aux oreilles des manifestants. Les plus exposés reculent en pleurs et étouffés, l’un d’eux a un malaise, cinq paraissent avoir été extraits du groupe. La foule militante vient de reculer et, à 10 h 23, les premiers camions quittent l’entreprise.

Demain, on revient au blocage

À 10 h 23, les premiers camions sortent du parking. À proximité, Max, étudiant parisien de 19 ans, analyse : « leur mouvement fait peur au gouvernement, j’ai vu les gazeuses utilisées sans sommation ».

« C’est de la brutalité au 47.1, 49.3, gaz lacrymo, opposition au droit de grève, déclarations alarmantes du président... le pouvoir ne respecte pas le processus démocratique », s’insurge la députée Mathilde Panot, yeux rougis par les gaz.

« Vitry reste toujours aux côtés des travailleurs, et en particulier de ces éboueurs, sous-payés pour le métier qu’ils font et pour qui deux ans de plus est impossible », déclare l’adjointe au maire Sonia Guénine, éprouvée par l’intervention express et la puissance des produits lacrymogènes.

« Cette violence, elle est pire pour les éboueurs, estime le député Louis Boyard, qui s’est retrouvé à terre après la bousculade. En grève parce que sous-payés, voilà les éboueurs insultés, traités d’irresponsables, gazés. Pourtant, sans eux, notre société ne peut fonctionner. Le seul langage du pouvoir est la force alors qu’il faudrait être avec la France qui galère à payer le loyer, dans son travail, à faire reconnaître ses droits. »

Un peu sonnés, Valentin, 42 ans, ripper, Christophe, 55 ans, conducteur, qui n’en revenaient pas d’un tel déploiement et espéraient qu'il n'y ait aucun blessé, lâchent : « Inadmissible, demain on reviendra au blocage. Comment être derrière le camion à 64 ans, certains, à 50 ans, n’y arrivent plus et montent quand même sur le marche-pied parce qu’ils n’ont pas le choix ».  « Dans un tel climat de répression, s'interroge un responsable de l'UL CGT, comment faire respecter leur volonté ? »

Gwénaël le Morzellec

Lutte renforcée contre la réforme de la retraite

 

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