Travailleurs sociaux : maintenir le lien

Publiée le 30 avril 2020 - Mise à jour le 01 mai 2020

Les travailleurs sociaux restent au service des habitants pour éviter que la crise sanitaire n'engendre une crise sociale - © Mohamed Benali

Malgré le confinement, les travailleurs sociaux restent au service des habitants pour maintenir le lien, conscients que la crise sanitaire risque fort d'engendrer une crise sociale.

“On est ouvert”. Symboliquement, le rideau de fer du centre social Balzac, dans le quartier de Vitry-sud/Ardoines, n'est baissé qu'à moitié. “Il y a toujours quelqu'un pour répondre au téléphone, pour ne déstabiliser personne”, explique son directeur, Mohamed Benali, malgré une équipe au chômage partiel à 80 %. Devant la porte, une caisse sert de boîte aux lettres, avec des attestations de déplacement à disposition ou pour des échanges de documents, toujours dans le respect des gestes barrières. Dalila Boukeroui, qui s'occupe de l'accès au droit, continue à gérer l'urgence : allocations familiales, Pôle emploi, CMU... “Hors confinement, les gens viennent, on remplit leurs dossiers, là, ils sont un peu paumés.” À la fin du mois, les demandes affluent. Le directeur est inquiet. “Nous n'avons qu'une ligne téléphonique, ça ne va pas suffire. Au départ, chacun devait travailler 2 demi-journées par semaine, en réalité, nous en sommes tous à 3 ou 4”.

Cet après-midi-là, une grand-mère toque à la porte pour demander si la mairie va distribuer des masques. Pour les seniors, l'équipe de Balzac a justement préparé un colis, avec quelques gourmandises, un masque lavable, confectionné par les membres du cours de couture, et même des exercices de sport sur une clé USB. Pour les enfants, un concours a été lancé par SMS : “raconte ton confinement”. Dessins et photos commencent à arriver sur le mail du directeur. La semaine dernière, l'équipe a appelé tous les adhérents au téléphone. Un diagnostic indispensable pour repérer les plus isolés : “ceux qui parlent mal français ou, encore, ceux qui ne pourraient pas subvenir aux besoins primaires, comme manger à sa faim”.

Conserver le lien

Dans le quartier du Plateau, Camille Larive, qui pilote le projet du futur centre social porté par le CCAS de la ville, a imaginé “un jour, un défi” pour près de 130 familles. À chacun d'inventer une charade, une recette ou un bricolage à partager par mail pour égayer le confinement et mieux se connaître, dans “un quartier géographiquement isolé, et qui souffre souvent du clivage avec le reste de la ville”.

Mais les contacts à distance, parfois, ne suffisent pas. Khoukha Zeghdoudi, cheffe du service d'Action éducative en milieu ouvert (AEMO), suit 230 enfants en danger, que la justice tente de protéger. “On a essayé le téléphone et Skype les premiers jours, mais face à la maltraitance, très vite les visites à domicile ont repris.” Dix-sept déplacements la semaine dernière, presque plus qu'en temps normal. “On a peur que ça explose pour nos familles, dans leurs petits appartements, ou hébergées à l’hôtel.” Fatima Bennoukh, la directrice de la structure CIThéA – Cap familles, constate que, en temps de confinement, il faut réapprendre à vivre ensemble. “Et cette crise sanitaire met en exergue la précarité.” Khoukha avoue sa colère, les premiers jours : “On savait déjà que ça allait mal dans la protection de l'enfance, car nous sommes trop peu nombreux sur le terrain. Vingt enfants sont sur liste d'attente. Là, avec le virus, c'est la catastrophe... Alors il faut inventer autre chose”.

Depuis la semaine dernière, l'équipe dispose d'un minibus aménagé en deux petits salons distincts, dans le respect des distances et des gestes barrières liés au confinement. Le véhicule va sillonner les quartiers de Vitry et de 25 autres villes du département. “Un point d'écoute en bas de chez vous. Un espace à soi, pendant 1h, avec psychologue et éducateur, pour confier ce que l'on ne peut pas dire à domicile.” Il est arrivé qu’un entretien avec une maman malade, inquiète pour son adolescente fugueuse, s’organise tant bien bien que mal dans un couloir, sans aucune intimité.

Audrey Zabarel, la vice-présidente du centre social les Portes-du-Midi rappelle une évidence : “Les métiers du social, ce sont d'abord des contacts humains. Une femme battue pouvait passer chez nous pour parler, décompresser quand son mari était au travail, les enfants à l'école. À distance, en vidéo, ça ne marche pas”. Mohamed Benali conclut : “Nos centres sont perçus comme des repères, des abris à tous les niveaux : psychologiques, physiques. Alors, il faut être présents, malgré le virus”. Il retient le SMS d'une famille qui s'inquiétait de sa santé, à lui. Il a été ému. Réponse de la maman : “C'est normal que l'on prenne de vos nouvelles, vous vous occupez de nous toute l'année !”

Lucie Darbois

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Numéros utiles

  • Centre social Balzac – ouvert, permanence tél. du lundi au vendredi 9h-12h et 13h-18h – 01 46 81 00 36
  • Centre social les Portes-du-Midi – 01 46 80 32 96 – email
  • 119 Enfants en danger
  • 3919 Violences faites aux femmes
 

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