Soutenir les femmes, malgré le silence

Publiée le 24 février 2022 - Mise à jour le 15 avril 2022

Le centre social des Portes du midi - © Alexandre Bonnemaison

Face aux situations difficiles de détresse physique, économique ou morale, voire aux cas de harcèlement ou de violence, plusieurs structures de la ville accueillent les femmes, leur apportent de l’écoute et, au cas par cas, une aide et un accompagnement.

Le 25 novembre, Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, un rassemblement sur le parvis de la mairie alertait sur les promesses non-tenues du gouvernement. Dans le même temps, depuis deux ans, la crise sanitaire attise les tensions intrafamiliales et empêche les structures municipales et associatives de déployer leurs actions directement auprès des habitants. Sans compter le silence, les non-dits, à même d’engluer les femmes dans des situations de maltraitance aux issues parfois dramatiques.

“Je dois recevoir une vingtaine de femmes sur l’année. Malheureusement, je pense qu’on est loin du nombre réel de cas de violences intrafamiliales. La violence reste silencieuse, tabou. Même celles qui parlent ne souhaitent souvent pas la criminalisation de leur conjoint et donc un signalement au commissariat”, explique ainsi Estelle-Vanessa Tchienehom Souoguem, coordinatrice du conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance (CLSPD), qui accueille directement les femmes en souffrance, au sein de la mairie.

Le Point justice, une porte parfois plus facile à pousser

Même ressenti au Point justice, une porte d’entrée quelquefois plus facile à pousser que d’autres et qui décèle parfois le besoin d’aide en premier.

“Les femmes viennent nous voir pour des problématiques très concrètes de demande de logement, d’information en cas de séparation, de garde des enfants. Nous les adressons à notre avocat spécialisé en droit de la famille. Le dialogue, de fil en aiguille, aboutit parfois à des confidences sur une situation de violence avérée”, témoigne Loana Maugée, coordinatrice du relais-mairie.

Une fois le tabou levé grâce à ces temps d’échange informels, il reste à orienter vers le bon interlocuteur.

“On adresse les femmes aux associations, comme Tremplin 94 ou l’Espace départemental des solidarités, qui pourront trouver un rendez-vous avec un psychologue, une assistante sociale”, poursuit Estelle-Vanessa Tchienehom Souoguem.

L’importance du lien et de la bonne communication entre les différentes structures a d’ailleurs fait l’objet d’une nouveauté pour ces professionnels : un guide d’aide aux femmes victimes de violence, pour mieux identifier le meilleur interlocuteur vers qui se tourner selon la situation. Le Point information jeunesse (PIJ) épaule quant à lui les 15-25 ans dans une multitude de thématiques. Les violences et agressions sexuelles et sexistes en font partie.

“Nous recevons des jeunes femmes pour des questions qui touchent aux situations d’emprise, aux difficultés de vie sociale, au mal-être. Au cours des entretiens, et à mesure que la confiance se construit, il arrive qu’on mette à jour des traumatismes causés par des agressions dans leur histoire”, développe Sylvain Ramon, psychologue clinicien au PIJ.

Pour lui, aussi, la difficulté de la mission consiste à accéder aux situations invisibles, “les plus inquiétantes” insiste le professionnel. Sa collègue Marine Minguy, éducatrice spécialisée, remarque que les demandes ont explosé dans le contexte sanitaire : “Avec les réseaux sociaux, le phénomène du harcèlement sexuel dépasse les établissements scolaires, qui nous alertent”. Les rendez-vous au PIJ sont anonymes, gratuits et confidentiels. Au CPEF (ex-planning familial), la parole se libère aussi au gré des conversations, une question en amène une autre.

“Nous accompagnons les femmes sur toutes les questions qui se posent de la puberté à la ménopause. Cela peut être un accès immédiat et gratuit à une contraception, une orientation vers un centre qui pratique les IVG. Un droit qu’il est important de leur assurer. Nous demandons systématiquement aux femmes si elles ne sont pas victimes de violence et orientons parfois vers une psychologue ou même, en cas d’urgence, vers la police”, explique Mme Christien, responsable du CPEF de la Galerie.

De l'écoute et du lien au quotidien dans les centres sociaux

Les centres sociaux jouent également un rôle important au quotidien pour apporter de l’écoute et rompre l’isolement de certaines femmes. Tel le centre des Portes du Midi, où différents ateliers ouverts à tous et toutes sont proposés, avec, par exemple, des séances de cuisine collective qui accueillent un public plutôt féminin et deviennent des rendez-vous de bonne humeur, de solidarité et d’échange, comme le raconte Mahdi Berrazouane, animateur socioculturel. Celui-ci prépare actuellement une émission de web radio pour laquelle il sollicite chacune et chacun autour d’une question : Qu’est-ce que le 8 mars, Journée internationale du droit des femmes, représente pour vous ?

“Parfois, cette journée ne représente pas grand-chose au regard des difficultés ou des situations d’inégalité vécues au quotidien. Poser la question par le biais de la web radio est aussi une manière d’ouvrir le dialogue”, explique l’animateur.

Du côté du centre social Balzac, Mohammed Benali, le directeur, explique : “Notre conseil d’administration est à 85 % constitué de femmes, dont la présidente ! Les questions d'égalité hommes-femmes sont au cœur de tous nos moments d'échanges de 7 à 77 ans – groupes de paroles, sorties, sport, ateliers... Ce n’est pas pour rien qu’on est situé rue Olympe-de-Gouges !”

Katrin Acou Bouaziz

En cas d’urgence, il existe des numéros de téléphone nationaux : le 15 pour les urgences vitales ; le 3919 pour les violences ; le 115 pour les urgences logement

 

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