Métro ligne 15 : visite du tunnelier

Ils avancent de 50 cm/h pour que demain les Vitriots avancent à 55 km/h

Texte : Gwénaël le Morzellec - Photos : Sylvain Lefeuvre

Aux Ardoines, le tunnelier Aby avance de 50 centimètres par heure en moyenne pour que demain, en 2025, les Vitriots s’acheminent à 55 km/h en moyenne.

À 30 mètres de profondeur

C’est à l’épicentre des départs de creusement à la friche Arrighi, au bord de la Seine, après une descente de 30 mètres de profondeur, qu’apparaît, au vif des néons, le vaste boyau gris béton.

Une fois passée la statue de sainte Barbe, marraine des mineurs, et les engins de déplacement de matériels stationnés en enfilade, il n’y a bientôt plus qu’un flux de conduits et câbles convergents. Dans un incessant bourdonnement de pompes, de frottements d’air et déblais aspirés, ils nourrissent en boue, aération et électricité le front de percement situé 750 mètres plus loin, sous la gare des Ardoines. Le tunnel se crée à raison de 50 centimètres par heure en moyenne pour que demain, en 2025, les Vitriots et usagers s’acheminent à 55 km/h en moyenne.

Au nez du tunnelier Aby, la roue de coupe perfore jour et nuit un conduit de 9 mètres de diamètre en grignotant terre et déblais. Son pilote, Michaël Cadot, à l’avant de la machine, dans une cabine vitrée et devant ses écrans, surveille, comme dans la salle de contrôle située à la surface, de nombreux paramètres (densité, pression, vitesse, débit). « Et avec un tel tunnelier mixte à densité variable qui opère sous pression pour maintenir le terrain instable à l’extérieur, indique-t-il, l’information est encore plus dense. »

Dans le même élan, le tunnelier applique par morceaux la voûte de béton qui habillera nos voyages dans le futur métro. Une action inlassablement répétée pour consolider et pénétrer plus avant. C’est au tout devant de la machine que quatre poseurs d’anneaux assurent des gestes de précision. L’un actionnant la télécommande, deux autres guidant à la voix l’avancée de la pièce de béton voûtée qui s’emboîtera exactement à la précédente déjà fixée et, le quatrième, le niveau à eau à la main, contrôlant l’alignement des parois, quand ce n'est pas au laser.

À la surface

Les ouvriers spécialisés bâtissent sous la ville le monde souterrain du métro de demain. « Cent cinquante ouvriers adoptent actuellement le rythme donné à la machine pour construire le tunnel du métro de la ligne 15 sud », explique-t-on au groupement Horizon.

« L’objectif est qu’il n’y ait pas d’arrêt dans l’avancée du tunnelier », indique Daniel Delour, chef de projet secteur de la ligne 15 sud de la Société du Grand Paris. Des études ont été réalisées sur les bâtis, des mesures prises pour éviter les désordres (films sur les vitres, filets) et des diagnostics géologiques consolidés réalisés sur ce terrain constitué de calcaire, de sable et de marne.

À la surface du site, à l’ombre des cheminées EDF, dans la friche Arrighi, le travail concerne surtout les déblais remontés puis filtrés, triés et expédiés par barges depuis la Seine, soit 2 100 tonnes en 24/h. C’est à ce stade, que Seydou Dembélé, un habitant du quartier Gare/Jean-Jaurès, contribue au chantier du siècle en tant qu’aide mécano-convoyeur. « En contrat d’interim de 5 ans, j’ai commencé comme manœuvre, travaillé au coffrage et me voici mécano, raconte-t-il. J’apprends beaucoup sur ce chantier du métro de la ligne 15 ».

À suivre...

D’ici quelques semaines, le tunnelier Marina, en cours d’assemblage près du puits Arrighi, creusera en souterrain vers Créteil et, à la fin de l’année, un troisième commencera la boucle connectant le réseau à venir au futur service de maintenance des infrastructures.

Page publiée le 25 février 2020 - Mise à jour le 28 février 2020