Impact de la crise sanitaire

Économie : impact de la crise sanitaire

L'économie vacille, s'adapte ou se replie à Vitry

Baisse des commandes et des livraisons fournisseurs. Problème de trésorerie. Absences pour garde d'enfants, chômage partiel, maladie, droit de retrait... La crise sanitaire bouleverse la vie économique à Vitry, l'obligeant à s'adapter pour son maintien ou par le repli et parfois l'innovation.

L'impact du confinement pour lutter contre la propagation du Covid-19 ébranle l'activité économique à Vitry depuis mi-mars.
D'après les chiffres de la Chambre de métiers et de l'artisanat et de la Chambre de commerce et d'industrie, 48 % des employés vitriots sont au chômage technique. Des dispositifs d'aides locaux, régionaux, nationaux, européens sont mis en œuvre pour le report et l'allégement des charges, la résistance à la baisse du chiffre d'affaires et le financement du chômage partiel (lire article lien sur le site). Dans le Val-de-Marne, « près de 50 % des employés sont au chômage temporaire et plus de 60 % des entreprises sont impactées ». En France, près de 4 millions d'employés, en chômage partiel, ne travaillent pas ou en pointillé. Si certaines entreprises vacillent, d'autres trouvent des pistes pour rester debout. 

Innovation et rééquilibrage

Cette crise pousse un bon nombre d'entreprises à s'adapter, voire à innover.

Certains commerçants alimentaires des marchés arrêtés ont mis au point des modes de distribution alternatifs que la ville est en train de lister pour tenter les faire connaître aux habitants. À Didacto, entreprise de distribution de jeux éducatifs de 10 salariés au Coteau-Malassis, on tente de s'équilibrer en changeant son fusil d'épaule. Étienne Prévost, le P.-D.G., observe « un transfert en partie des commandes des clients habituels, professionnels des écoles et des ludothèques, vers les particuliers ». Mais cela ne compense pas. Il fait face, d'un côté, à certains de ses fournisseurs maintenant fermés, et de l'autre, aux difficultés de travailler sur site. « Seules 3 personnes à la fois, le magasinier, l'assistante et moi, venons, pour éviter les risques à cause de la configuration des lieux. On fait super gaffe, on reste à 15 mètres les uns des autres », souligne-t-il. Des dossiers de soutien au chômage partiel ont été envoyés, mais ne suppléeront pas la baisse d'activités. « La période est difficile, dit-il en serrant les dents, on essaie de continuer pour fournir un service, mais on se sent dans l'incertitude. »

Sous tension

Au sein des filières toujours sur le pont et parfois sur le front, les salariés ont dû s'adapter après que les directions ont analysé la situation.

Des mesures stratégiques de maintenir, partiellement, en télétravail, ou d'arrêter ou encore d'organiser les horaires, les roulements les actions de protection sanitaire ont été décidées, non sans difficultés. La distribution alimentaire a, entre autres, géré des files de consommateurs plus espacées. Les services de santé, les banques ont dû se réorganiser. L'aide à la personne, les services de ménage, de logistique tentent d'aménager au mieux leurs interventions sur le terrain. Mais on ne trouve pas à Vitry d'entreprises qui ont comme cœur de métier le lien par Internet, les « stay at home », et que la crise propulse.

Télétravail

La mise à distance des salariés par la pratique du télétravail est utilisé tant par les grands groupes implantés ou à l'œuvre sur la commune que par les PME et TPE pour les employés administratifs et les services.

À Sanofi Vitry-Alfortville, où le secteur R&D doit fermer à la fin de l'année et où les ateliers fabriquent des produits de biothérapie et contre le cancer du sein, l'activité se poursuit avec une forte mise au télétravail. Le groupe affiche sur sa page internet une mobilisation « de Sanofi Pasteur, l’entité mondiale vaccins de Sanofi, dont le siège est à Lyon […] pour développer deux vaccins contre le virus responsable de la Covid-19, en faisant appel à deux technologies différentes. Tous nos collaborateurs travaillent désormais chez eux, poursuit la direction, à l’exception de ceux qui sont mobilisés pour participer à la lutte contre le Covid-19 et assurer la continuité de nos activités indispensables à la santé de millions de patients en France et dans le monde ».

À Casino, le groupe va faire des demandes à la Dirrecte* de mise en chômage partiel, en fonction des spécialités dans les sièges sociaux, quand le télétravail n'est pas possible, selon le journal spécialisé LSA. « Des demandes, à base de volontariat, auraient déjà été faites auprès de salariés afin d’aider les magasins à côté de chez eux qui souffrent d’un absentéisme plus fort qu’habituellement (on évoque aujourd’hui de 10 à 20 % dans le commerce alimentaire en France).

* Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi

Réduction

Pour une partie des activités, l'impact du confinement se traduit par un fort ralentissement.

Ainsi, sur le chantier du Tram 9, qui met au diapason de nombreux métiers et entreprises, un temps de réorganisation est en cours. Au groupe de livraison GLS, fortement sollicité, la direction France annonce des perturbations et la réduction de zones géographiques « d'intervention sans contact ». Au dépôt de bus RATP, un roulement est organisé. « Il a lieu entre les chauffeurs aux matricules pairs/impairs afin d'essayer d'équilibrer au maximum la charge de travail et les risques, informe un représentant du personnel. Côté salariés, il n'y  a pas de chômage, mais certains restent chez eux, en réserve, avec maintien du salaire. » De même à Urba propreté, société de collecte de déchets, chômage partiel et roulement pour que le chauffeur soit seul dans le camion sont de mise.

De la même manière, à la Poste, nombre d'agents sont restés en télétravail ou « en réserve » à domicile. Seuls les bureaux Vitry principal et du 8-Mai-1945 restent ouverts, les deux autres étant fermés, en attente d'équipements de protection suffisants.

Du blocage au coup d'arrêt

D'autres entreprises, souvent des PME et TPE, en situation de sous-traitance, se retrouvent bloquées à plusieurs niveaux et empêchées de maintenir leur activité. Et parmi les 60 % d'entreprises impactées du département, certaines sont complètement à l'arrêt.

À Maïa menuiserie, « les clients ne paient pas, et ça fait plus de 15 jours qu'on ne livre pas », Claude Begin, dans son bel atelier au Plateau, s'inquiète pour la survie de son affaire. Dans sa TPE (très petite entreprise) de 7 salariés, ce patron est le seul à continuer de travailler. Tout l'effectif est au chômage partiel. « Je suis hyper chargé pour le moment, de 7 h 30 à 18 heures, je fais avancer ce que je peux sans trop me déplacer : des petites prestations, me rendre chez un rare fournisseur encore ouvert, échanger avec le comptable, la réparation d'une machine... Pour l'instant, certains prétextent le coronavirus pour ne pas payer et d'autres ont vraiment des difficultés, comme ce cabinet de vaccination pour les voyages, un resto qui met la clé sous la porte, une épicerie japonaise qui ne marche pas, une galerie d'art contemporaine arrêtée, un chantier de second œuvre confiné suite à un cas avéré », énumère-t-il. « Quand j'ai voulu repasser ma commande de masques FFP3, c'était en tension : on pouvait les trouver à 50 euros pièce, se scandalise-t-il, alors qu'ils valent 1 ou 2 euros. Maintenant, on n'en a plus aucun », soupire-t-il. Il espère que les masques seront bientôt livrés et que l'équipe reviendra au travail.

Ainsi, Horizon, pilote d'un groupe d'entreprises de génie civil, a stoppé en partie le chantier de la ligne 15 du métro. Si de nombreux employés sont mis en télétravail, d'autre sont au chômage partiel : difficile de maintenir les distances suffisantes dans le tunnelier, à la proue du creusement ! De même, sont arrêtés la chaîne de fabrication de l'imprimerie IOC Print ou encore l'intervention des paveurs du chantier du Tram 9 sur la RD5, trop proches les uns des autres.

Et tout autour de nous, les commerces non alimentaires, coiffeurs, fleuristes, cafés, bars, restaurants, les abonnés et volants des marchés fermés accusent aussi le coup : ils ont dû cesser de travailler. Nombre d'entre eux réalisent depuis plusieurs semaines des demandes d'information et de dossiers auprès de la Chambre de métiers et de l'artisanat pour obtenir l'aide exceptionnelle de 1 500 euros financée par l'État et, indique Éric Lauverjat, en charge du Commerce à la ville, « ces sollicitations concernent beaucoup d'autoentrepreneurs ».

Gwenaël le Morzellec

Réactions des organisations de salariés

Pour les salariés risquant la maladie Covid-19 sur le terrain, les représentants du personnel, représentants syndicaux de Vitry et du département donnent de la voix. Plus d'infos sur les actions qui ont eu lieu au dépôt de bus RATP, à la Poste, chez Sanofi...

Lire l'article : Protection des risques, objectif n° 1 des salariés

Page publiée le 10 avril 2020 - Mise à jour le 21 avril 2020